{"id":21,"date":"2026-10-04T07:32:51","date_gmt":"2026-10-04T07:32:51","guid":{"rendered":"https:\/\/lasteststory.com\/?p=21"},"modified":"2026-10-04T07:32:51","modified_gmt":"2026-10-04T07:32:51","slug":"le-mur-qui-nexistait-pas-hier-cachait-quelque-chose-que-personne-au-village-nosait-nommer","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lasteststory.com\/?p=21","title":{"rendered":"Le mur qui n\u2019existait pas hier cachait quelque chose que personne au village n\u2019osait nommer"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone  wp-image-22\" src=\"https:\/\/lasteststory.com\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Unearthing-Secrets-at-Sunset-300x169.png\" alt=\"\" width=\"1250\" height=\"705\" srcset=\"https:\/\/lasteststory.com\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Unearthing-Secrets-at-Sunset-300x169.png 300w, https:\/\/lasteststory.com\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Unearthing-Secrets-at-Sunset-768x432.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1250px) 100vw, 1250px\" \/><\/p>\n<p>PART 1 TITLE: Le mur qui n\u2019existait pas hier cachait quelque chose que personne au village n\u2019osait nommer<\/p>\n<p>Quand Claire aper\u00e7ut le mur, elle freina si brutalement que les sacs pos\u00e9s sur le si\u00e8ge arri\u00e8re bascul\u00e8rent contre le dossier. Pendant une seconde, elle resta les deux mains crisp\u00e9es sur le volant, incapable de comprendre ce qu\u2019elle regardait. Le chemin qui menait \u00e0 la maison de son p\u00e8re avait toujours travers\u00e9 le verger en ligne droite. \u00c0 pr\u00e9sent, un obstacle brun, compact, haut de presque deux m\u00e8tres, barrait la propri\u00e9t\u00e9 du vieux noyer jusqu\u2019au foss\u00e9.<\/p>\n<p>Elle coupa le moteur. Le silence lui parut anormal. M\u00eame les oiseaux semblaient avoir d\u00e9sert\u00e9 cette partie de la vall\u00e9e. Une odeur de terre humide entrait par la vitre entrouverte, m\u00e9lang\u00e9e \u00e0 celle des feuilles \u00e9cras\u00e9es sous les pneus. Claire sortit de la voiture et s\u2019approcha lentement. Le mur n\u2019\u00e9tait pas fait de parpaings. De la terre argileuse avait \u00e9t\u00e9 tass\u00e9e en couches \u00e9paisses, renforc\u00e9e \u00e7\u00e0 et l\u00e0 par des pierres plates. Quelqu\u2019un avait travaill\u00e9 longtemps pour construire cette barri\u00e8re.<\/p>\n<p>Trois semaines plus t\u00f4t, lors de sa derni\u00e8re visite, elle n\u2019existait pas.<\/p>\n<p>Claire posa la paume contre la surface. La terre \u00e9tait encore l\u00e9g\u00e8rement fra\u00eeche. Des traces d\u2019outils apparaissaient \u00e0 certains endroits. Une empreinte de semelle s\u2019\u00e9tait imprim\u00e9e pr\u00e8s du sol, l\u00e0 o\u00f9 le constructeur avait d\u00fb prendre appui. Ce n\u2019\u00e9tait pas un vieux mur red\u00e9couvert sous les ronces. Il venait d\u2019\u00eatre \u00e9lev\u00e9.<\/p>\n<p>Elle contourna la barri\u00e8re jusqu\u2019au portail. Celui-ci aussi avait chang\u00e9. Deux lourdes planches avaient \u00e9t\u00e9 ajout\u00e9es \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, et une cha\u00eene neuve reliait les battants. Son p\u00e8re n\u2019avait jamais ferm\u00e9 cet acc\u00e8s. M\u00eame lorsqu\u2019il quittait la maison pour plusieurs jours, il se contentait de pousser le portail.<\/p>\n<p>\u00ab Papa ? \u00bb<\/p>\n<p>Sa voix traversa le verger sans r\u00e9ponse.<\/p>\n<p>Elle recommen\u00e7a, plus fort.<\/p>\n<p>\u00ab Papa ! C\u2019est Claire ! \u00bb<\/p>\n<p>Rien.<\/p>\n<p>Elle sortit son t\u00e9l\u00e9phone. Aucun r\u00e9seau. Ce n\u2019\u00e9tait pas inhabituel dans cette vall\u00e9e, mais ce d\u00e9tail, ce jour-l\u00e0, lui donna une impression d\u2019isolement qu\u2019elle n\u2019avait jamais ressentie auparavant. Elle longea le mur en cherchant une ouverture. Derri\u00e8re lui, elle distinguait le toit gris de la maison familiale, une ancienne b\u00e2tisse basse entour\u00e9e de pommiers et de pruniers.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 du terrain, l\u00e0 o\u00f9 la pente plongeait vers un ruisseau, Claire trouva un endroit moins haut. Elle posa son sac par terre, agrippa la partie sup\u00e9rieure du mur et se hissa avec difficult\u00e9. La terre s\u2019effrita sous ses doigts. Elle passa une jambe de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, puis se laissa tomber.<\/p>\n<p>\u00c0 peine avait-elle touch\u00e9 le sol qu\u2019une voix s\u00e8che retentit derri\u00e8re elle.<\/p>\n<p>\u00ab Qu\u2019est-ce que tu fais ici ? \u00bb<\/p>\n<p>Claire se retourna.<\/p>\n<p>Son p\u00e8re se tenait \u00e0 une dizaine de m\u00e8tres, une pelle \u00e0 la main. \u00c0 soixante-huit ans, Henri Morel avait encore la carrure solide de l\u2019homme qui avait travaill\u00e9 toute sa vie dehors. Mais quelque chose avait chang\u00e9 dans son visage. Ses joues semblaient creus\u00e9es, et ses yeux, habituellement clairs, \u00e9taient entour\u00e9s de cernes sombres.<\/p>\n<p>Claire sentit d\u2019abord le soulagement, puis la col\u00e8re.<\/p>\n<p>\u00ab Je pourrais te poser exactement la m\u00eame question. \u00bb<\/p>\n<p>Henri planta la pelle dans la terre.<\/p>\n<p>\u00ab Tu aurais d\u00fb t\u00e9l\u00e9phoner avant de venir. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab J\u2019ai t\u00e9l\u00e9phon\u00e9. Six fois depuis hier. \u00bb<\/p>\n<p>Il d\u00e9tourna le regard.<\/p>\n<p>Claire montra le mur.<\/p>\n<p>\u00ab Qu\u2019est-ce que c\u2019est que \u00e7a ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Un mur. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Merci, j\u2019avais remarqu\u00e9. Pourquoi tu as enferm\u00e9 toute la propri\u00e9t\u00e9 ? \u00bb<\/p>\n<p>Henri essuya ses mains sur son pantalon.<\/p>\n<p>\u00ab J\u2019avais besoin de le faire. \u00bb<\/p>\n<p>Claire connaissait cette fa\u00e7on de r\u00e9pondre. Son p\u00e8re l\u2019utilisait depuis son enfance lorsqu\u2019il estimait qu\u2019une explication ne concernait personne d\u2019autre que lui. Elle inspira lentement.<\/p>\n<p>\u00ab Tu as soixante-huit ans. Tu vis seul. Tu ne r\u00e9ponds plus au t\u00e9l\u00e9phone et tu construis un mur de deux m\u00e8tres autour de la maison. Tu comprends pourquoi \u00e7a peut m\u2019inqui\u00e9ter ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je vais bien. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu n\u2019as pas l\u2019air d\u2019aller bien. \u00bb<\/p>\n<p>Henri ramassa la pelle.<\/p>\n<p>\u00ab Tu es venue pour quoi ? \u00bb<\/p>\n<p>La question la blessa plus qu\u2019elle ne voulut l\u2019admettre.<\/p>\n<p>\u00ab Pour te voir. Et pour apporter les m\u00e9dicaments que tu avais oubli\u00e9s chez moi. \u00bb<\/p>\n<p>Il s\u2019immobilisa.<\/p>\n<p>Claire sortit la bo\u00eete de son sac.<\/p>\n<p>\u00ab Ceux pour ta tension. \u00bb<\/p>\n<p>Henri la prit sans remercier. Ses doigts tremblaient l\u00e9g\u00e8rement.<\/p>\n<p>\u00ab Rentre boire un caf\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Ils travers\u00e8rent le jardin. Claire remarqua alors d\u2019autres changements. Les volets du c\u00f4t\u00e9 nord avaient \u00e9t\u00e9 ferm\u00e9s et renforc\u00e9s par des traverses de bois. Plusieurs sacs de chaux et de ciment \u00e9taient empil\u00e9s sous l\u2019auvent. Une brouette contenait encore de l\u2019argile humide. Pr\u00e8s de la grange, un tas de pierres avait presque doubl\u00e9 de volume depuis sa derni\u00e8re visite.<\/p>\n<p>La cuisine, en revanche, semblait fig\u00e9e dans le temps. La m\u00eame horloge ronde pendait pr\u00e8s de la porte. La nappe \u00e0 carreaux que sa m\u00e8re avait choisie dix ans plus t\u00f4t recouvrait encore la table. Une casserole reposait sur le po\u00eale.<\/p>\n<p>Claire s\u2019assit.<\/p>\n<p>Henri pr\u00e9para du caf\u00e9 sans parler.<\/p>\n<p>\u00ab Tu construis \u00e7a tout seul ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Presque. \u00bb<\/p>\n<p>Claire leva les yeux.<\/p>\n<p>\u00ab Presque ? \u00bb<\/p>\n<p>Il posa deux tasses.<\/p>\n<p>\u00ab Marcel m\u2019a aid\u00e9 au d\u00e9but. \u00bb<\/p>\n<p>Marcel Dumas habitait la ferme voisine, \u00e0 pr\u00e8s d\u2019un kilom\u00e8tre. Les deux hommes se connaissaient depuis l\u2019\u00e9cole primaire et se disputaient avec une r\u00e9gularit\u00e9 presque affectueuse depuis cinquante ans.<\/p>\n<p>\u00ab Et il trouve normal que tu transformes la maison en forteresse ? \u00bb<\/p>\n<p>Henri eut un sourire sans joie.<\/p>\n<p>\u00ab Marcel trouve rarement quelque chose normal. \u00bb<\/p>\n<p>Claire attendit.<\/p>\n<p>Son p\u00e8re but une gorg\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00ab Le mur emp\u00eachera les b\u00eates d\u2019entrer. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Quelles b\u00eates ? Les chevreuils ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Entre autres. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu n\u2019as jamais eu besoin d\u2019un mur pour les chevreuils. \u00bb<\/p>\n<p>Henri ne r\u00e9pondit pas.<\/p>\n<p>Claire regarda par la fen\u00eatre. Derri\u00e8re les arbres, la nouvelle barri\u00e8re coupait le paysage comme une cicatrice brune. Elle repensa \u00e0 une conversation t\u00e9l\u00e9phonique deux semaines plus t\u00f4t. Son p\u00e8re lui avait demand\u00e9 si elle poss\u00e9dait encore les vieux documents de famille r\u00e9cup\u00e9r\u00e9s apr\u00e8s la mort de sa m\u00e8re. Sur le moment, elle n\u2019avait pas trouv\u00e9 la question \u00e9trange.<\/p>\n<p>Maintenant, elle se demanda pourquoi il les cherchait.<\/p>\n<p>\u00ab Papa, est-ce qu\u2019il s\u2019est pass\u00e9 quelque chose ici ? \u00bb<\/p>\n<p>Henri posa sa tasse.<\/p>\n<p>\u00ab Non. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Quelqu\u2019un est venu ? \u00bb<\/p>\n<p>Un silence presque imperceptible pr\u00e9c\u00e9da sa r\u00e9ponse.<\/p>\n<p>\u00ab Les gens viennent parfois. \u00bb<\/p>\n<p>Claire se redressa.<\/p>\n<p>\u00ab Qui ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Des promeneurs. Des chasseurs. Des personnes qui se trompent de chemin. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu mens tr\u00e8s mal. \u00bb<\/p>\n<p>Le visage d\u2019Henri se ferma.<\/p>\n<p>\u00ab Et toi, tu poses toujours trop de questions. \u00bb<\/p>\n<p>Une porti\u00e8re claqua au loin.<\/p>\n<p>Henri se leva imm\u00e9diatement.<\/p>\n<p>Ce mouvement fut si rapide que Claire resta interdite.<\/p>\n<p>Il \u00e9teignit la lumi\u00e8re de la cuisine alors qu\u2019il faisait encore jour, s\u2019approcha de la fen\u00eatre et \u00e9carta le rideau d\u2019un centim\u00e8tre.<\/p>\n<p>\u00ab Papa ? \u00bb<\/p>\n<p>Il leva un doigt pour lui ordonner de se taire.<\/p>\n<p>Un moteur avan\u00e7ait lentement sur le chemin ext\u00e9rieur. \u00c0 travers les branches, Claire aper\u00e7ut un v\u00e9hicule sombre s\u2019arr\u00eater devant le portail.<\/p>\n<p>Henri ouvrit un tiroir sous l\u2019\u00e9vier.<\/p>\n<p>Claire vit alors le vieux revolver de son grand-p\u00e8re.<\/p>\n<p>Elle se leva d\u2019un bond.<\/p>\n<p>\u00ab Qu\u2019est-ce que tu fais ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Assieds-toi. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Range \u00e7a. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Claire. Assieds-toi. \u00bb<\/p>\n<p>Quelqu\u2019un frappa contre le portail.<\/p>\n<p>Trois coups.<\/p>\n<p>Puis deux autres.<\/p>\n<p>Henri ne bougea pas.<\/p>\n<p>Une voix masculine appela depuis l\u2019ext\u00e9rieur.<\/p>\n<p>\u00ab Monsieur Morel ? \u00bb<\/p>\n<p>Claire regarda son p\u00e8re.<\/p>\n<p>\u00ab Tu connais cette personne ? \u00bb<\/p>\n<p>Henri avait le regard fix\u00e9 vers la fen\u00eatre.<\/p>\n<p>\u00ab Ne r\u00e9ponds pas. \u00bb<\/p>\n<p>L\u2019homme recommen\u00e7a.<\/p>\n<p>\u00ab Monsieur Morel, nous savons que vous \u00eates l\u00e0. Nous voulons simplement discuter. \u00bb<\/p>\n<p>Cette fois, Claire sentit un froid remonter le long de son dos.<\/p>\n<p>Henri serra la poign\u00e9e du revolver.<\/p>\n<p>L\u2019homme attendit quelques secondes.<\/p>\n<p>Puis sa voix changea.<\/p>\n<p>\u00ab Vous ne pourrez pas garder ce terrain ferm\u00e9 \u00e9ternellement. \u00bb<\/p>\n<p>Des pas s\u2019\u00e9loign\u00e8rent.<\/p>\n<p>Le moteur red\u00e9marra.<\/p>\n<p>Henri resta immobile jusqu\u2019\u00e0 ce que le bruit disparaisse compl\u00e8tement.<\/p>\n<p>Claire s\u2019approcha de lui.<\/p>\n<p>\u00ab Maintenant, tu vas m\u2019expliquer. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ils parlent de ton terrain. Ils savent que tu es ici. Tu as une arme \u00e0 la main. Ne me dis pas que ce sont des promeneurs. \u00bb<\/p>\n<p>Henri remit le revolver dans le tiroir.<\/p>\n<p>\u00ab Tu dois rentrer en ville avant la nuit. \u00bb<\/p>\n<p>Claire le fixa.<\/p>\n<p>\u00ab Certainement pas. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ce n\u2019est pas une demande. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab J\u2019ai quarante ans, papa. Tu ne peux plus me donner d\u2019ordres comme quand j\u2019en avais quinze. \u00bb<\/p>\n<p>Henri se tourna vers elle.<\/p>\n<p>\u00ab Justement. Tu as ta vie. Ton travail. Ton fils. Rentre chez toi. \u00bb<\/p>\n<p>La mention de Lucas la fit h\u00e9siter. Son fils de quinze ans \u00e9tait rest\u00e9 chez un ami pour le week-end. Henri le savait.<\/p>\n<p>\u00ab Qu\u2019est-ce que Lucas vient faire l\u00e0-dedans ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Rien. Et je veux que \u00e7a reste ainsi. \u00bb<\/p>\n<p>Claire sentit son inqui\u00e9tude devenir peur.<\/p>\n<p>\u00ab Tu es menac\u00e9 ? \u00bb<\/p>\n<p>Henri ne r\u00e9pondit pas.<\/p>\n<p>\u00ab Ils veulent acheter la propri\u00e9t\u00e9 ? \u00bb<\/p>\n<p>Toujours rien.<\/p>\n<p>\u00ab Tu leur dois de l\u2019argent ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Alors quoi ? \u00bb<\/p>\n<p>Henri passa une main sur son visage.<\/p>\n<p>Pendant quelques secondes, il sembla soudain tr\u00e8s vieux.<\/p>\n<p>\u00ab Il y a des choses qu\u2019on peut laisser enterr\u00e9es pendant trente ans. On finit par croire qu\u2019elles ont disparu. Mais elles sont seulement sous la terre. \u00bb<\/p>\n<p>Claire le regarda sans comprendre.<\/p>\n<p>\u00ab Qu\u2019est-ce que \u00e7a veut dire ? \u00bb<\/p>\n<p>Henri ouvrit la porte de la cuisine.<\/p>\n<p>\u00ab \u00c7a veut dire que tu pars. Maintenant. \u00bb<\/p>\n<p>Claire resta assise.<\/p>\n<p>Son p\u00e8re comprit qu\u2019il ne la convaincrait pas. Il prit sa veste.<\/p>\n<p>\u00ab Tr\u00e8s bien. Je vais ouvrir le portail. Tu me suis avec la voiture. \u00bb<\/p>\n<p>Elle se leva lentement.<\/p>\n<p>\u00ab Et si je refuse ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Alors je t\u2019emm\u00e8ne moi-m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 la route. \u00bb<\/p>\n<p>Ils sortirent.<\/p>\n<p>Le jour commen\u00e7ait \u00e0 baisser. Une lumi\u00e8re grise descendait sur le verger. Henri marcha vers le portail tandis que Claire r\u00e9cup\u00e9rait ses affaires.<\/p>\n<p>Elle \u00e9tait presque arriv\u00e9e \u00e0 sa voiture lorsqu\u2019elle remarqua quelque chose pr\u00e8s de la grange.<\/p>\n<p>Une petite zone du sol avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9cemment retourn\u00e9e.<\/p>\n<p>Cela n\u2019aurait pas attir\u00e9 son attention si une extr\u00e9mit\u00e9 m\u00e9tallique n\u2019avait pas d\u00e9pass\u00e9 de la terre.<\/p>\n<p>Claire jeta un regard vers son p\u00e8re. Il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 pr\u00e8s du portail.<\/p>\n<p>Elle se baissa et \u00e9carta doucement la terre avec ses doigts.<\/p>\n<p>Elle d\u00e9gagea un coin d\u2019une vieille bo\u00eete en fer.<\/p>\n<p>Son c\u0153ur acc\u00e9l\u00e9ra.<\/p>\n<p>Elle tira.<\/p>\n<p>La bo\u00eete r\u00e9sista d\u2019abord, puis sortit avec un bruit humide.<\/p>\n<p>Elle \u00e9tait rouill\u00e9e, presque noire, mais un ancien fermoir tenait encore.<\/p>\n<p>\u00ab Claire ! \u00bb<\/p>\n<p>La voix d\u2019Henri r\u00e9sonna au loin.<\/p>\n<p>Elle pla\u00e7a rapidement la bo\u00eete derri\u00e8re un empilement de planches.<\/p>\n<p>\u00ab J\u2019arrive ! \u00bb<\/p>\n<p>Quelques minutes plus tard, son p\u00e8re refermait la cha\u00eene derri\u00e8re sa voiture.<\/p>\n<p>Claire roula jusqu\u2019\u00e0 la route d\u00e9partementale.<\/p>\n<p>Dans le r\u00e9troviseur, elle vit Henri rester debout devant le mur jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019elle disparaisse au virage.<\/p>\n<p>Elle aurait pu rentrer chez elle.<\/p>\n<p>Elle aurait pu respecter son souhait.<\/p>\n<p>\u00c0 la place, deux kilom\u00e8tres plus loin, Claire gara la voiture derri\u00e8re une ancienne scierie abandonn\u00e9e.<\/p>\n<p>Elle attendit la nuit.<\/p>\n<p>Puis elle repartit \u00e0 pied vers la propri\u00e9t\u00e9 de son p\u00e8re.<\/p>\n<p>END PART 1<\/p>\n<p>PART 2 TITLE: La bo\u00eete enterr\u00e9e depuis trente ans contenait une photographie o\u00f9 un visage avait \u00e9t\u00e9 volontairement arrach\u00e9<\/p>\n<p>Claire attendit presque une heure dans l\u2019ombre de la scierie avant de reprendre le chemin. Elle se r\u00e9p\u00e9tait qu\u2019elle agissait par prudence, qu\u2019elle voulait simplement v\u00e9rifier que son p\u00e8re ne courait aucun danger imm\u00e9diat. Pourtant, au fond d\u2019elle-m\u00eame, elle savait que sa d\u00e9cision avait d\u00e9j\u00e0 d\u00e9pass\u00e9 la simple inqui\u00e9tude. Henri lui cachait quelque chose depuis longtemps, et le mur n\u2019\u00e9tait que la partie visible d\u2019un secret beaucoup plus ancien.<\/p>\n<p>Elle marcha sans lampe pour \u00e9viter d\u2019\u00eatre rep\u00e9r\u00e9e. La lune \u00e9clairait assez le chemin pour distinguer les pierres. \u00c0 mesure qu\u2019elle approchait de la propri\u00e9t\u00e9, elle entendit le ruisseau, puis le bruissement des arbres du verger. La maison restait sombre.<\/p>\n<p>Claire contourna le mur par l\u2019endroit o\u00f9 elle l\u2019avait franchi plus t\u00f4t. Cette fois, elle utilisa une souche pour prendre appui. Ses chaussures gliss\u00e8rent sur l\u2019argile, mais elle r\u00e9ussit \u00e0 passer.<\/p>\n<p>Elle resta accroupie quelques secondes.<\/p>\n<p>Aucune lumi\u00e8re ne s\u2019alluma.<\/p>\n<p>La fen\u00eatre de la chambre de son p\u00e8re \u00e9tait pourtant ouverte. Henri dormait rarement avant onze heures. Il lisait toujours au lit, selon une habitude qu\u2019il avait gard\u00e9e depuis l\u2019\u00e9poque o\u00f9 sa femme \u00e9tait encore vivante.<\/p>\n<p>Claire consulta sa montre.<\/p>\n<p>Vingt-deux heures dix-sept.<\/p>\n<p>Elle traversa silencieusement le verger jusqu\u2019\u00e0 la grange.<\/p>\n<p>La bo\u00eete se trouvait exactement l\u00e0 o\u00f9 elle l\u2019avait laiss\u00e9e.<\/p>\n<p>Elle l\u2019emporta derri\u00e8re le vieux tracteur et essaya d\u2019ouvrir le fermoir. Le m\u00e9tal c\u00e9da apr\u00e8s plusieurs tentatives. Une odeur de poussi\u00e8re humide et de papier ancien s\u2019\u00e9leva aussit\u00f4t.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019int\u00e9rieur se trouvaient plusieurs enveloppes, une photographie, un petit carnet noir et une cl\u00e9.<\/p>\n<p>Claire prit d\u2019abord la photo.<\/p>\n<p>Quatre personnes posaient devant la grange familiale.<\/p>\n<p>Elle reconnut imm\u00e9diatement son p\u00e8re, beaucoup plus jeune. Il devait avoir un peu plus de trente ans. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 de lui se tenait Marcel. Une troisi\u00e8me personne \u00e9tait une femme que Claire ne connaissait pas, v\u00eatue d\u2019une veste claire.<\/p>\n<p>Le quatri\u00e8me visage avait \u00e9t\u00e9 arrach\u00e9.<\/p>\n<p>Pas d\u00e9coup\u00e9 proprement.<\/p>\n<p>Arrach\u00e9.<\/p>\n<p>Le papier d\u00e9chir\u00e9 formait une tache blanche au milieu de l\u2019image.<\/p>\n<p>Claire retourna la photographie.<\/p>\n<p>Une date \u00e9tait inscrite au stylo.<\/p>\n<p>14 octobre 1988.<\/p>\n<p>Sous la date, trois mots :<\/p>\n<p>Avant le mur.<\/p>\n<p>Claire sentit sa gorge se serrer.<\/p>\n<p>Le mur.<\/p>\n<p>Il en avait donc exist\u00e9 un autre.<\/p>\n<p>Elle ouvrit le carnet.<\/p>\n<p>Les premi\u00e8res pages contenaient des mesures de terrain, des distances, des croquis sommaires. Plusieurs coordonn\u00e9es correspondaient probablement aux limites de la propri\u00e9t\u00e9. D\u2019autres pages comportaient seulement des dates.<\/p>\n<p>17 octobre.<\/p>\n<p>19 octobre.<\/p>\n<p>21 octobre.<\/p>\n<p>Puis une phrase :<\/p>\n<p>Personne ne doit creuser pr\u00e8s du ch\u00eane.<\/p>\n<p>Claire relut plusieurs fois.<\/p>\n<p>Le vieux ch\u00eane se trouvait au fond du terrain, derri\u00e8re la grange.<\/p>\n<p>Un craquement retentit.<\/p>\n<p>Elle referma imm\u00e9diatement le carnet.<\/p>\n<p>Des pas approchaient.<\/p>\n<p>Claire glissa la bo\u00eete sous le tracteur et se dissimula derri\u00e8re une pile de bois.<\/p>\n<p>Une lampe traversa l\u2019int\u00e9rieur de la grange.<\/p>\n<p>Henri entra.<\/p>\n<p>Il ne portait pas de pyjama. Il \u00e9tait enti\u00e8rement habill\u00e9, comme s\u2019il n\u2019avait jamais eu l\u2019intention de dormir.<\/p>\n<p>Il passa devant Claire sans la voir.<\/p>\n<p>Puis il s\u2019arr\u00eata devant l\u2019endroit o\u00f9 la bo\u00eete avait \u00e9t\u00e9 enterr\u00e9e.<\/p>\n<p>Le faisceau de sa lampe \u00e9claira le sol remu\u00e9.<\/p>\n<p>Henri resta immobile.<\/p>\n<p>Claire retint sa respiration.<\/p>\n<p>Il se baissa.<\/p>\n<p>Ses doigts touch\u00e8rent la terre.<\/p>\n<p>\u00ab Bon sang. \u00bb<\/p>\n<p>Il se releva brutalement.<\/p>\n<p>Claire vit son visage.<\/p>\n<p>Ce n\u2019\u00e9tait plus seulement de l\u2019inqui\u00e9tude.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait de la peur.<\/p>\n<p>Henri quitta la grange presque en courant.<\/p>\n<p>Claire attendit quelques secondes, r\u00e9cup\u00e9ra la bo\u00eete et sortit par l\u2019arri\u00e8re.<\/p>\n<p>Elle aurait pu rejoindre le mur et partir. Au lieu de cela, son regard se posa sur le vieux ch\u00eane.<\/p>\n<p>Personne ne doit creuser pr\u00e8s du ch\u00eane.<\/p>\n<p>Elle fit quelques pas dans cette direction.<\/p>\n<p>Puis des phares apparurent au-del\u00e0 du mur.<\/p>\n<p>Claire se figea.<\/p>\n<p>Une voiture venait de s\u2019arr\u00eater sur le chemin ext\u00e9rieur.<\/p>\n<p>Henri \u00e9teignit aussit\u00f4t toutes les lumi\u00e8res de la maison.<\/p>\n<p>Claire recula derri\u00e8re un pommier.<\/p>\n<p>Deux silhouettes escalad\u00e8rent le mur.<\/p>\n<p>Elles connaissaient visiblement l\u2019endroit exact o\u00f9 la barri\u00e8re \u00e9tait la plus basse.<\/p>\n<p>Des hommes.<\/p>\n<p>L\u2019un d\u2019eux portait une lampe couverte d\u2019un filtre rouge.<\/p>\n<p>Ils se dirig\u00e8rent directement vers la grange.<\/p>\n<p>Claire sentit son c\u0153ur battre jusque dans ses tempes.<\/p>\n<p>Ce n\u2019\u00e9taient pas les visiteurs de l\u2019apr\u00e8s-midi venus simplement discuter.<\/p>\n<p>L\u2019un des hommes murmura :<\/p>\n<p>\u00ab Regarde derri\u00e8re. \u00bb<\/p>\n<p>L\u2019autre passa pr\u00e8s du tracteur.<\/p>\n<p>Claire recula lentement.<\/p>\n<p>Une branche s\u00e8che craqua sous sa chaussure.<\/p>\n<p>Les deux hommes se retourn\u00e8rent.<\/p>\n<p>\u00ab Qui est l\u00e0 ? \u00bb<\/p>\n<p>Claire courut.<\/p>\n<p>Elle traversa le verger en direction de la maison.<\/p>\n<p>Derri\u00e8re elle, des pas acc\u00e9l\u00e9r\u00e8rent.<\/p>\n<p>\u00ab Arr\u00eatez ! \u00bb<\/p>\n<p>Une lumi\u00e8re rouge balaya les arbres.<\/p>\n<p>Claire atteignit la terrasse au moment o\u00f9 la porte s\u2019ouvrit.<\/p>\n<p>Henri surgit.<\/p>\n<p>Il attrapa sa fille par le bras et la tira \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur.<\/p>\n<p>Un bruit sec \u00e9clata presque aussit\u00f4t.<\/p>\n<p>Quelque chose frappa le mur ext\u00e9rieur.<\/p>\n<p>Claire resta p\u00e9trifi\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00ab Ils ont tir\u00e9 ? \u00bb<\/p>\n<p>Henri verrouilla la porte.<\/p>\n<p>\u00ab \u00c0 terre. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Papa\u2014 \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab \u00c0 terre ! \u00bb<\/p>\n<p>Elle s\u2019accroupit derri\u00e8re le vieux buffet.<\/p>\n<p>Henri prit le revolver.<\/p>\n<p>Un silence lourd s\u2019installa.<\/p>\n<p>Puis une voix s\u2019\u00e9leva dehors.<\/p>\n<p>\u00ab Henri ! \u00bb<\/p>\n<p>Claire reconnut celle entendue l\u2019apr\u00e8s-midi.<\/p>\n<p>\u00ab Ce n\u2019\u00e9tait pas pr\u00e9vu comme \u00e7a. \u00bb<\/p>\n<p>Henri ne r\u00e9pondit pas.<\/p>\n<p>\u00ab Donne-nous ce que nous cherchons et nous repartons. \u00bb<\/p>\n<p>Claire regarda son p\u00e8re.<\/p>\n<p>Ses doigts ne tremblaient plus.<\/p>\n<p>\u00ab Vous n\u2019aurez rien. \u00bb<\/p>\n<p>Un rire bref vint de l\u2019ext\u00e9rieur.<\/p>\n<p>\u00ab Tu disais d\u00e9j\u00e0 \u00e7a il y a trente-huit ans. \u00bb<\/p>\n<p>Claire sentit son sang se glacer.<\/p>\n<p>Trente-huit ans.<\/p>\n<p>La photographie datait justement de 1988.<\/p>\n<p>\u00ab Henri, ce terrain ne vaut pas une deuxi\u00e8me trag\u00e9die. \u00bb<\/p>\n<p>Le visage de son p\u00e8re se transforma.<\/p>\n<p>\u00ab Partez. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Nous reviendrons avec les papiers. Et cette fois, tu ne pourras pas nous emp\u00eacher d\u2019entrer. \u00bb<\/p>\n<p>Les pas s\u2019\u00e9loign\u00e8rent.<\/p>\n<p>Quelques minutes plus tard, Claire entendit les hommes franchir le mur.<\/p>\n<p>Le moteur d\u00e9marra.<\/p>\n<p>Henri attendit longtemps avant de ranger l\u2019arme.<\/p>\n<p>Puis il se tourna vers elle.<\/p>\n<p>\u00ab Tu devais \u00eatre partie. \u00bb<\/p>\n<p>Claire sortit la photographie de sa poche.<\/p>\n<p>\u00ab Et toi, tu devais me dire la v\u00e9rit\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Henri regarda l\u2019image.<\/p>\n<p>Son visage perdit toute couleur.<\/p>\n<p>\u00ab O\u00f9 as-tu trouv\u00e9 \u00e7a ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Dans la bo\u00eete que tu avais enterr\u00e9e. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Donne-moi le reste. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non. \u00bb<\/p>\n<p>Il fit un pas.<\/p>\n<p>\u00ab Claire. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Qui est la personne arrach\u00e9e de la photo ? \u00bb<\/p>\n<p>Henri serra la m\u00e2choire.<\/p>\n<p>\u00ab Ce ne sont pas tes affaires. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Quelqu\u2019un vient de tirer sur ta maison ! \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il a tir\u00e9 en l\u2019air. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab \u00c7a change tout, \u00e9videmment. \u00bb<\/p>\n<p>Henri tendit la main.<\/p>\n<p>\u00ab La bo\u00eete. \u00bb<\/p>\n<p>Claire recula.<\/p>\n<p>\u00ab Pourquoi est-ce \u00e9crit \u201cAvant le mur\u201d derri\u00e8re la photo ? \u00bb<\/p>\n<p>Il ne r\u00e9pondit pas.<\/p>\n<p>\u00ab Il y avait d\u00e9j\u00e0 un mur ici en 1988 ? \u00bb<\/p>\n<p>Silence.<\/p>\n<p>\u00ab Qu\u2019est-ce qui s\u2019est pass\u00e9 pr\u00e8s du ch\u00eane ? \u00bb<\/p>\n<p>Cette fois, Henri leva brusquement les yeux.<\/p>\n<p>Claire comprit qu\u2019elle avait touch\u00e9 le point sensible.<\/p>\n<p>\u00ab Tu as lu le carnet. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu n\u2019aurais pas d\u00fb. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Qu\u2019est-ce qu\u2019il y a sous ce terrain ? \u00bb<\/p>\n<p>Henri s\u2019assit lentement.<\/p>\n<p>Pendant quelques secondes, il fixa ses mains.<\/p>\n<p>Puis il parla d\u2019une voix plus basse.<\/p>\n<p>\u00ab \u00c0 l\u2019\u00e9poque, la parcelle derri\u00e8re la grange n\u2019appartenait pas enti\u00e8rement \u00e0 notre famille. Elle \u00e9tait s\u00e9par\u00e9e par un mur de terre tr\u00e8s ancien. Personne ne savait exactement quand il avait \u00e9t\u00e9 construit. Ton grand-p\u00e8re disait qu\u2019il \u00e9tait l\u00e0 avant sa naissance. \u00bb<\/p>\n<p>Claire resta debout.<\/p>\n<p>\u00ab Et ensuite ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Une temp\u00eate l\u2019a d\u00e9truit en octobre 1988. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Le quatorze ? \u00bb<\/p>\n<p>Henri releva la t\u00eate.<\/p>\n<p>\u00ab Comment tu sais \u00e7a ? \u00bb<\/p>\n<p>Elle posa la photographie sur la table.<\/p>\n<p>Il comprit.<\/p>\n<p>\u00ab Continue. \u00bb<\/p>\n<p>Henri resta silencieux si longtemps que Claire pensa qu\u2019il refuserait.<\/p>\n<p>\u00ab Quand le mur est tomb\u00e9, on a d\u00e9couvert que les limites inscrites au cadastre ne correspondaient pas \u00e0 celles que les familles utilisaient depuis des g\u00e9n\u00e9rations. Une bande de terrain d\u2019une trentaine de m\u00e8tres appartenait l\u00e9galement aux Valette. \u00bb<\/p>\n<p>Claire connaissait ce nom.<\/p>\n<p>\u00ab La famille qui poss\u00e9dait la carri\u00e8re ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Celle qui a quitt\u00e9 la r\u00e9gion ? \u00bb<\/p>\n<p>Henri fixa la photographie.<\/p>\n<p>\u00ab Pas toute la famille. \u00bb<\/p>\n<p>Claire regarda le visage arrach\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab C\u2019est un Valette ? \u00bb<\/p>\n<p>Henri ne r\u00e9pondit pas directement.<\/p>\n<p>\u00ab Son nom \u00e9tait Antoine. \u00bb<\/p>\n<p>Claire attendit.<\/p>\n<p>\u00ab Antoine Valette avait vingt-neuf ans. Il voulait r\u00e9cup\u00e9rer la bande de terrain. Ton grand-p\u00e8re refusait. Ils se sont disput\u00e9s pendant des semaines. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et la femme sur la photo ? \u00bb<\/p>\n<p>Henri ferma les yeux.<\/p>\n<p>\u00ab \u00c9lise. La s\u0153ur d\u2019Antoine. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pourquoi est-elle ici avec toi et Marcel ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Parce qu\u2019elle essayait d\u2019emp\u00eacher la situation de d\u00e9g\u00e9n\u00e9rer. \u00bb<\/p>\n<p>Claire sentit que son p\u00e8re choisissait soigneusement chaque mot.<\/p>\n<p>\u00ab Qu\u2019est-il arriv\u00e9 \u00e0 Antoine ? \u00bb<\/p>\n<p>Henri se leva.<\/p>\n<p>\u00ab Il a disparu. \u00bb<\/p>\n<p>Le silence de la cuisine sembla absorber le reste.<\/p>\n<p>Claire parla doucement.<\/p>\n<p>\u00ab Quand ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Le vingt et un octobre 1988. \u00bb<\/p>\n<p>Elle pensa aux dates du carnet.<\/p>\n<ol start=\"17\">\n<li><\/li>\n<li><\/li>\n<li><\/li>\n<\/ol>\n<p>\u00ab La derni\u00e8re date. \u00bb<\/p>\n<p>Henri hocha lentement la t\u00eate.<\/p>\n<p>\u00ab La police a enqu\u00eat\u00e9 ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pendant des mois. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ils ont fouill\u00e9 le terrain ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Une partie. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pr\u00e8s du ch\u00eane ? \u00bb<\/p>\n<p>Henri ne r\u00e9pondit pas.<\/p>\n<p>Claire sentit soudain le poids du carnet dans sa poche.<\/p>\n<p>Personne ne doit creuser pr\u00e8s du ch\u00eane.<\/p>\n<p>Elle regarda son p\u00e8re.<\/p>\n<p>\u00ab Est-ce qu\u2019Antoine Valette est enterr\u00e9 ici ? \u00bb<\/p>\n<p>Henri frappa la table de sa paume.<\/p>\n<p>\u00ab \u00c7a suffit. \u00bb<\/p>\n<p>Claire sursauta.<\/p>\n<p>\u00ab Tu veux savoir pourquoi j\u2019ai reconstruit ce mur ? Parce que quelqu\u2019un a recommenc\u00e9 \u00e0 poser des questions. Parce que des gens sont revenus. Parce que je refuse qu\u2019ils viennent retourner cette propri\u00e9t\u00e9 sans preuve. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Mais toi, tu sais quelque chose. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je sais qu\u2019un homme a disparu. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ce n\u2019est pas tout. \u00bb<\/p>\n<p>Henri d\u00e9tourna les yeux.<\/p>\n<p>Claire ouvrit le carnet \u00e0 la derni\u00e8re page.<\/p>\n<p>Elle n\u2019avait pas encore remarqu\u00e9 une inscription presque effac\u00e9e au crayon.<\/p>\n<p>Sous une tache d\u2019humidit\u00e9, quelques mots apparaissaient.<\/p>\n<p>Marcel a tout vu.<\/p>\n<p>Claire releva la t\u00eate.<\/p>\n<p>\u00ab On va voir Marcel. \u00bb<\/p>\n<p>Henri p\u00e2lit.<\/p>\n<p>\u00ab Non. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pourquoi ? \u00bb<\/p>\n<p>Il attrapa sa veste.<\/p>\n<p>\u00ab Parce que si Marcel a parl\u00e9 \u00e0 quelqu\u2019un, alors ce mur ne nous prot\u00e8ge plus du tout. \u00bb<\/p>\n<p>Ils sortirent imm\u00e9diatement.<\/p>\n<p>\u00c0 mi-chemin de la ferme voisine, une lueur orang\u00e9e apparut derri\u00e8re les arbres.<\/p>\n<p>Henri acc\u00e9l\u00e9ra.<\/p>\n<p>Claire comprit avant m\u00eame de voir le b\u00e2timent.<\/p>\n<p>La grange de Marcel br\u00fblait.<\/p>\n<p>END PART 2<\/p>\n<p>PART 3 TITLE: Dans la ferme incendi\u00e9e, Marcel avait laiss\u00e9 un message destin\u00e9 \u00e0 Claire et non \u00e0 son p\u00e8re<\/p>\n<p>Les flammes avaient d\u00e9j\u00e0 travers\u00e9 une partie du toit lorsque Claire et Henri atteignirent la ferme de Marcel. Des \u00e9tincelles montaient dans le ciel noir tandis que la charpente craquait sous la chaleur. L\u2019odeur du bois br\u00fbl\u00e9 piquait les yeux. Henri courut vers la maison sans attendre sa fille.<\/p>\n<p>\u00ab Marcel ! \u00bb<\/p>\n<p>Aucune r\u00e9ponse.<\/p>\n<p>Claire sortit son t\u00e9l\u00e9phone. Une barre de r\u00e9seau apparut enfin.<\/p>\n<p>Elle appela les secours.<\/p>\n<p>\u00ab Incendie dans une exploitation agricole, route des Grands-Pr\u00e9s, apr\u00e8s le vieux moulin. Une personne peut \u00eatre \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. \u00bb<\/p>\n<p>Elle donna les informations essentielles puis rejoignit son p\u00e8re.<\/p>\n<p>Henri frappait contre la porte de la maison.<\/p>\n<p>Elle n\u2019\u00e9tait pas verrouill\u00e9e.<\/p>\n<p>Ils entr\u00e8rent.<\/p>\n<p>\u00ab Marcel ! \u00bb<\/p>\n<p>Le salon \u00e9tait vide.<\/p>\n<p>Une tasse renvers\u00e9e reposait sur le tapis. Une chaise \u00e9tait couch\u00e9e pr\u00e8s de la table.<\/p>\n<p>Claire s\u2019arr\u00eata.<\/p>\n<p>\u00ab Quelqu\u2019un s\u2019est battu ici. \u00bb<\/p>\n<p>Henri avait d\u00e9j\u00e0 remarqu\u00e9.<\/p>\n<p>Sur le bord de la table, quelques gouttes de sang formaient une ligne sombre.<\/p>\n<p>\u00ab Marcel ! \u00bb<\/p>\n<p>Ils fouill\u00e8rent le rez-de-chauss\u00e9e.<\/p>\n<p>Personne.<\/p>\n<p>Dans le couloir, Claire remarqua une photographie tomb\u00e9e d\u2019un meuble. Elle la ramassa machinalement.<\/p>\n<p>Quatre hommes se tenaient devant une carri\u00e8re.<\/p>\n<p>Henri.<\/p>\n<p>Marcel.<\/p>\n<p>Antoine Valette.<\/p>\n<p>Et un quatri\u00e8me homme que Claire ne connaissait pas.<\/p>\n<p>Au dos, un nom \u00e9tait inscrit :<\/p>\n<p>Paul Valette.<\/p>\n<p>Claire sentit son p\u00e8re derri\u00e8re elle.<\/p>\n<p>\u00ab C\u2019est le p\u00e8re d\u2019Antoine ? \u00bb<\/p>\n<p>Henri prit l\u2019image.<\/p>\n<p>\u00ab Son oncle. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il vit encore ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C\u2019est lui qui est venu aujourd\u2019hui ? \u00bb<\/p>\n<p>Henri h\u00e9sita.<\/p>\n<p>\u00ab Non. \u00bb<\/p>\n<p>Une sir\u00e8ne retentit au loin.<\/p>\n<p>Claire se dirigea vers l\u2019\u00e9tage.<\/p>\n<p>\u00ab Il faut sortir. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Attends. \u00bb<\/p>\n<p>Henri examinait le bureau de Marcel.<\/p>\n<p>Un tiroir \u00e9tait ouvert.<\/p>\n<p>Des dossiers avaient \u00e9t\u00e9 jet\u00e9s sur le sol.<\/p>\n<p>Quelqu\u2019un cherchait quelque chose.<\/p>\n<p>Claire vit une enveloppe coinc\u00e9e derri\u00e8re le meuble.<\/p>\n<p>Son pr\u00e9nom \u00e9tait \u00e9crit dessus.<\/p>\n<p>CLAIRE.<\/p>\n<p>Elle se baissa.<\/p>\n<p>Henri la vit.<\/p>\n<p>\u00ab Donne-moi \u00e7a. \u00bb<\/p>\n<p>Claire recula.<\/p>\n<p>\u00ab C\u2019est mon nom. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Marcel n\u2019avait aucune raison de t\u2019\u00e9crire. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Visiblement, si. \u00bb<\/p>\n<p>Ils entendirent un bruit dans la cour.<\/p>\n<p>Les premiers pompiers arrivaient.<\/p>\n<p>Claire glissa l\u2019enveloppe dans sa veste.<\/p>\n<p>Ils sortirent.<\/p>\n<p>Pendant pr\u00e8s d\u2019une heure, la ferme fut remplie de gyrophares, de tuyaux d\u00e9roul\u00e9s et d\u2019ordres cri\u00e9s dans la fum\u00e9e. Les pompiers parvinrent \u00e0 emp\u00eacher le feu d\u2019atteindre la maison.<\/p>\n<p>Marcel restait introuvable.<\/p>\n<p>Un gendarme nomm\u00e9 Lef\u00e8vre prit leurs d\u00e9clarations.<\/p>\n<p>\u00ab Quand l\u2019avez-vous vu pour la derni\u00e8re fois ? \u00bb<\/p>\n<p>Henri r\u00e9pondit :<\/p>\n<p>\u00ab Hier matin. \u00bb<\/p>\n<p>Claire tourna l\u00e9g\u00e8rement la t\u00eate vers lui.<\/p>\n<p>Son p\u00e8re mentait.<\/p>\n<p>Elle l\u2019entendait dans sa voix.<\/p>\n<p>Le gendarme nota quelque chose.<\/p>\n<p>\u00ab Est-ce qu\u2019il avait des probl\u00e8mes avec quelqu\u2019un ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pas \u00e0 ma connaissance. \u00bb<\/p>\n<p>Encore un mensonge.<\/p>\n<p>Lef\u00e8vre regarda la ferme.<\/p>\n<p>\u00ab Il y a eu une effraction dans la maison. \u00bb<\/p>\n<p>Henri resta impassible.<\/p>\n<p>\u00ab Vous pensez que l\u2019incendie est criminel ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab On ne pense rien pour l\u2019instant. \u00bb<\/p>\n<p>Claire intervint.<\/p>\n<p>\u00ab Il y avait du sang dans le salon. \u00bb<\/p>\n<p>Le gendarme acquies\u00e7a.<\/p>\n<p>\u00ab Nous avons vu. \u00bb<\/p>\n<p>Henri lan\u00e7a \u00e0 sa fille un regard d\u00e9sapprobateur.<\/p>\n<p>Elle l\u2019ignora.<\/p>\n<p>\u00ab Est-ce que quelqu\u2019un a signal\u00e9 un v\u00e9hicule dans le secteur ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pas encore. \u00bb<\/p>\n<p>Claire pensa \u00e0 la voiture sombre.<\/p>\n<p>\u00ab J\u2019en ai vu un chez mon p\u00e8re aujourd\u2019hui. \u00bb<\/p>\n<p>Henri ferma les yeux une seconde.<\/p>\n<p>Lef\u00e8vre se tourna imm\u00e9diatement vers elle.<\/p>\n<p>\u00ab Quel mod\u00e8le ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je ne sais pas. Un SUV sombre. Peut-\u00eatre noir ou bleu fonc\u00e9. Deux hommes sont venus. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pourquoi ? \u00bb<\/p>\n<p>Claire regarda son p\u00e8re.<\/p>\n<p>\u00ab Je l\u2019ignore. \u00bb<\/p>\n<p>Ce fut son premier mensonge de la soir\u00e9e.<\/p>\n<p>De retour chez Henri, Claire attendit qu\u2019il parte v\u00e9rifier la grange pour ouvrir l\u2019enveloppe de Marcel.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019int\u00e9rieur se trouvait une seule feuille.<\/p>\n<p>Claire,<\/p>\n<p>Si tu lis ceci, c\u2019est qu\u2019Henri a recommenc\u00e9 \u00e0 b\u00e2tir le mur. Dans ce cas, il est d\u00e9j\u00e0 trop tard pour continuer \u00e0 prot\u00e9ger ce que nous avons prot\u00e9g\u00e9.<\/p>\n<p>Ton p\u00e8re pense encore qu\u2019il peut r\u00e9parer le pass\u00e9 en emp\u00eachant les gens d\u2019approcher du terrain. Il se trompe.<\/p>\n<p>Cherche sous la pierre marqu\u00e9e d\u2019une croix dans l\u2019ancien mur du puits.<\/p>\n<p>Ne crois pas tout ce qu\u2019Henri te dira.<\/p>\n<p>Et surtout : Antoine n\u2019a pas disparu l\u00e0 o\u00f9 tout le monde croit.<\/p>\n<p>M.<\/p>\n<p>Claire relut la derni\u00e8re phrase.<\/p>\n<p>Antoine n\u2019a pas disparu l\u00e0 o\u00f9 tout le monde croit.<\/p>\n<p>Elle plia le papier.<\/p>\n<p>Henri revint.<\/p>\n<p>\u00ab Qu\u2019est-ce qu\u2019il t\u2019a \u00e9crit ? \u00bb<\/p>\n<p>Claire le regarda.<\/p>\n<p>\u00ab Pourquoi m\u2019as-tu menti au gendarme ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab \u00c0 propos de quoi ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu as vu Marcel aujourd\u2019hui. \u00bb<\/p>\n<p>Henri ne r\u00e9pondit pas.<\/p>\n<p>\u00ab Il t\u2019a aid\u00e9 \u00e0 construire le mur. Tu me l\u2019as dit cet apr\u00e8s-midi. \u00bb<\/p>\n<p>Son p\u00e8re s\u2019assit lourdement.<\/p>\n<p>\u00ab Il est venu hier aussi. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Donc pourquoi mentir ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Parce que je ne veux pas que la police commence \u00e0 fouiller dans 1988. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Peut-\u00eatre qu\u2019elle devrait. \u00bb<\/p>\n<p>Henri releva brutalement la t\u00eate.<\/p>\n<p>\u00ab Tu ne comprends pas ce que tu demandes. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Alors explique-moi. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Certaines v\u00e9rit\u00e9s d\u00e9truisent plus de vies qu\u2019elles n\u2019en sauvent. \u00bb<\/p>\n<p>Claire sentit sa patience c\u00e9der.<\/p>\n<p>\u00ab Cette phrase ne veut rien dire. C\u2019est exactement le genre de chose qu\u2019on dit lorsqu\u2019on veut justifier un secret. \u00bb<\/p>\n<p>Henri resta silencieux.<\/p>\n<p>\u00ab Marcel a disparu. Sa ferme vient de br\u00fbler. Deux hommes ont p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 ici. Quelqu\u2019un a tir\u00e9. Et tout ram\u00e8ne \u00e0 Antoine Valette. \u00bb<\/p>\n<p>Henri passa les mains sur son visage.<\/p>\n<p>\u00ab Antoine \u00e9tait violent. \u00bb<\/p>\n<p>Claire attendit.<\/p>\n<p>\u00ab Pas constamment. Mais quand il buvait, il devenait impr\u00e9visible. Il d\u00e9testait ton grand-p\u00e8re. Il pensait qu\u2019on avait vol\u00e9 la terre de sa famille. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Est-ce qu\u2019il avait raison ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab En partie. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab En partie ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Les anciennes limites \u00e9taient ambigu\u00ebs. Ton grand-p\u00e8re cultivait cette bande depuis trente ans. Les Valette ne s\u2019en \u00e9taient jamais occup\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019une entreprise propose d\u2019acheter la parcelle. \u00bb<\/p>\n<p>Claire comprit.<\/p>\n<p>\u00ab Il y avait de l\u2019argent. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Beaucoup pour l\u2019\u00e9poque. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et le mur d\u00e9truit r\u00e9v\u00e9lait que la propri\u00e9t\u00e9 pouvait leur appartenir. \u00bb<\/p>\n<p>Henri hocha la t\u00eate.<\/p>\n<p>\u00ab Antoine est venu un soir. Il avait bu. Il voulait arracher les cl\u00f4tures, d\u00e9placer les bornes, tout changer imm\u00e9diatement. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu \u00e9tais l\u00e0 ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Marcel aussi ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab \u00c9lise ? \u00bb<\/p>\n<p>Henri regarda la table.<\/p>\n<p>\u00ab Elle nous a rejoints plus tard. \u00bb<\/p>\n<p>Claire pensa \u00e0 la photographie.<\/p>\n<p>\u00ab Qu\u2019est-ce qui s\u2019est pass\u00e9 ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Une dispute. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ensuite ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Antoine est parti. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Vivant ? \u00bb<\/p>\n<p>Henri planta son regard dans celui de sa fille.<\/p>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<p>Claire sentit que cette r\u00e9ponse, pour une fois, \u00e9tait sinc\u00e8re.<\/p>\n<p>\u00ab Alors pourquoi tout le monde pense qu\u2019il a disparu ici ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Parce que sa voiture a \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9e deux jours plus tard pr\u00e8s du ruisseau. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Sur votre terrain ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab \u00c0 la limite. \u00bb<\/p>\n<p>Claire se rappela le message.<\/p>\n<p>Antoine n\u2019a pas disparu l\u00e0 o\u00f9 tout le monde croit.<\/p>\n<p>\u00ab Quelqu\u2019un a d\u00e9plac\u00e9 sa voiture ? \u00bb<\/p>\n<p>Henri h\u00e9sita.<\/p>\n<p>Trop longtemps.<\/p>\n<p>\u00ab Papa. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je ne sais pas. \u00bb<\/p>\n<p>Elle comprit imm\u00e9diatement.<\/p>\n<p>\u00ab Tu sais. \u00bb<\/p>\n<p>Henri se leva.<\/p>\n<p>\u00ab Nous parlerons demain. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Claire, il est trois heures du matin. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Justement. Marcel peut \u00eatre bless\u00e9 quelque part pendant que tu continues \u00e0 prot\u00e9ger un secret vieux de trente-huit ans. \u00bb<\/p>\n<p>Henri se retourna vers elle.<\/p>\n<p>\u00ab Ce secret n\u2019est pas seulement le mien. \u00bb<\/p>\n<p>La phrase resta suspendue.<\/p>\n<p>\u00ab Celui de qui ? \u00bb<\/p>\n<p>Il ne r\u00e9pondit pas.<\/p>\n<p>Claire pensa \u00e0 sa m\u00e8re.<\/p>\n<p>\u00ab Maman savait ? \u00bb<\/p>\n<p>Henri p\u00e2lit l\u00e9g\u00e8rement.<\/p>\n<p>Ce fut suffisant.<\/p>\n<p>Claire sentit quelque chose se briser en elle.<\/p>\n<p>\u00ab Maman savait. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Laisse-la en dehors de \u00e7a. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Elle est morte il y a dix ans. Comment veux-tu que je la laisse en dehors d\u2019une histoire dont personne ne m\u2019a jamais parl\u00e9 ? \u00bb<\/p>\n<p>Henri s\u2019approcha de la fen\u00eatre.<\/p>\n<p>\u00ab Ta m\u00e8re voulait te prot\u00e9ger. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab De quoi ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab De nous. \u00bb<\/p>\n<p>Claire ne r\u00e9pondit pas.<\/p>\n<p>Henri resta longtemps dos \u00e0 elle.<\/p>\n<p>Puis il murmura :<\/p>\n<p>\u00ab Le soir o\u00f9 Antoine est venu, ta m\u00e8re \u00e9tait enceinte. \u00bb<\/p>\n<p>Claire sentit son souffle se bloquer.<\/p>\n<p>\u00ab De moi. \u00bb<\/p>\n<p>Henri hocha la t\u00eate.<\/p>\n<p>\u00ab Elle avait sept mois. \u00bb<\/p>\n<p>Claire imagina sa m\u00e8re jeune, enceinte, au milieu d\u2019une dispute entre hommes.<\/p>\n<p>\u00ab Antoine lui a fait du mal ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non. \u00bb<\/p>\n<p>La r\u00e9ponse fut imm\u00e9diate.<\/p>\n<p>\u00ab Alors pourquoi me prot\u00e9ger de cette histoire ? \u00bb<\/p>\n<p>Henri ferma les yeux.<\/p>\n<p>\u00ab Parce qu\u2019apr\u00e8s cette nuit, rien n\u2019a plus \u00e9t\u00e9 simple. \u00bb<\/p>\n<p>Claire sortit la lettre de Marcel.<\/p>\n<p>\u00ab Il veut que je cherche quelque chose dans l\u2019ancien mur du puits. \u00bb<\/p>\n<p>Henri se retourna.<\/p>\n<p>\u00ab Quoi ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Une pierre marqu\u00e9e d\u2019une croix. \u00bb<\/p>\n<p>Le visage de son p\u00e8re changea.<\/p>\n<p>\u00ab Tu n\u2019iras pas. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu sais ce qu\u2019il y a l\u00e0-bas. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je sais que Marcel aurait d\u00fb br\u00fbler cette chose il y a trente ans. \u00bb<\/p>\n<p>Claire resta immobile.<\/p>\n<p>\u00ab Quelle chose ? \u00bb<\/p>\n<p>Henri attrapa sa veste.<\/p>\n<p>\u00ab Donne-moi la lettre. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non. \u00bb<\/p>\n<p>Il s\u2019approcha.<\/p>\n<p>Claire recula.<\/p>\n<p>\u00ab Si tu veux m\u2019emp\u00eacher de chercher, dis-moi pourquoi. \u00bb<\/p>\n<p>Henri s\u2019arr\u00eata.<\/p>\n<p>\u00ab Parce que ce que Marcel a cach\u00e9 l\u00e0-bas peut envoyer quelqu\u2019un en prison. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Qui ? \u00bb<\/p>\n<p>Il ne r\u00e9pondit pas.<\/p>\n<p>Claire sentit son t\u00e9l\u00e9phone vibrer.<\/p>\n<p>Num\u00e9ro inconnu.<\/p>\n<p>Un message.<\/p>\n<p>Elle l\u2019ouvrit.<\/p>\n<p>Une photographie apparut.<\/p>\n<p>Marcel, assis sur une chaise dans une pi\u00e8ce sombre.<\/p>\n<p>Les mains attach\u00e9es.<\/p>\n<p>Sous l\u2019image, une phrase :<\/p>\n<p>APPORTEZ LE CARNET ET CE QUI SE TROUVE DANS LE MUR DU PUITS. DEMAIN, MIDI. VENEZ SEULS.<\/p>\n<p>Claire montra l\u2019\u00e9cran \u00e0 son p\u00e8re.<\/p>\n<p>Henri resta p\u00e9trifi\u00e9.<\/p>\n<p>Puis il murmura :<\/p>\n<p>\u00ab Ils savent pour la preuve. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Quelle preuve ? \u00bb<\/p>\n<p>Il regarda sa fille.<\/p>\n<p>\u00ab Celle qui prouve qu\u2019Antoine Valette n\u2019a jamais quitt\u00e9 cette vall\u00e9e vivant. \u00bb<\/p>\n<p>END PART 3<\/p>\n<p>PART 4 TITLE: Sous la pierre marqu\u00e9e, Claire d\u00e9couvrit que le secret de 1988 concernait directement sa propre naissance<\/p>\n<p>Claire ne dormit pas. \u00c0 l\u2019aube, elle \u00e9tait encore assise devant la table de la cuisine, le t\u00e9l\u00e9phone pos\u00e9 pr\u00e8s de sa main. La photographie de Marcel restait affich\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9cran. Henri, lui, avait pass\u00e9 une partie de la nuit \u00e0 marcher de la fen\u00eatre au couloir, comme s\u2019il s\u2019attendait \u00e0 voir surgir quelqu\u2019un dans le jardin.<\/p>\n<p>\u00c0 six heures quinze, Claire rompit le silence.<\/p>\n<p>\u00ab Nous appelons la gendarmerie. \u00bb<\/p>\n<p>Henri secoua la t\u00eate.<\/p>\n<p>\u00ab Non. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ils ont kidnapp\u00e9 Marcel. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Si nous pr\u00e9venons la police avant de savoir o\u00f9 il est, ils peuvent le tuer. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et tu proposes quoi ? D\u2019ob\u00e9ir tranquillement ? \u00bb<\/p>\n<p>Henri regarda le carnet pos\u00e9 sur la table.<\/p>\n<p>\u00ab Ils veulent deux choses. Le carnet et ce que Marcel a cach\u00e9 dans le mur. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Donc nous devons d\u2019abord d\u00e9couvrir ce que c\u2019est. \u00bb<\/p>\n<p>Henri ne r\u00e9pondit pas.<\/p>\n<p>Claire se leva.<\/p>\n<p>\u00ab Je vais au puits. \u00bb<\/p>\n<p>Son p\u00e8re barra la porte.<\/p>\n<p>\u00ab Je t\u2019ai dit non. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et moi, je ne te demande pas la permission. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu ne sais pas ce que tu vas trouver. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment le probl\u00e8me. Tout le monde semble savoir sauf moi. \u00bb<\/p>\n<p>Henri resta devant elle quelques secondes.<\/p>\n<p>Puis ses \u00e9paules s\u2019affaiss\u00e8rent.<\/p>\n<p>\u00ab D\u2019accord. \u00bb<\/p>\n<p>Ils travers\u00e8rent le jardin jusqu\u2019\u00e0 l\u2019ancien puits situ\u00e9 derri\u00e8re la grange. Il n\u2019\u00e9tait plus utilis\u00e9 depuis l\u2019installation du r\u00e9seau d\u2019eau, vingt-cinq ans plus t\u00f4t. Un petit mur circulaire de pierres \u00e9paisses entourait l\u2019ouverture, d\u00e9sormais prot\u00e9g\u00e9e par une grille m\u00e9tallique.<\/p>\n<p>Claire observa les pierres.<\/p>\n<p>\u00ab O\u00f9 est la croix ? \u00bb<\/p>\n<p>Henri d\u00e9signa le c\u00f4t\u00e9 nord.<\/p>\n<p>Une petite marque avait \u00e9t\u00e9 grav\u00e9e dans une pierre, presque effac\u00e9e par le lichen.<\/p>\n<p>Claire s\u2019accroupit.<\/p>\n<p>\u00ab Depuis quand tu sais ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Depuis hier soir, quand tu as lu la lettre. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Mais tu savais que quelque chose \u00e9tait cach\u00e9 ici. \u00bb<\/p>\n<p>Henri ne r\u00e9pondit pas.<\/p>\n<p>Claire utilisa un tournevis pour gratter l\u2019ancien mortier.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s quelques minutes, la pierre bougea.<\/p>\n<p>Derri\u00e8re se trouvait une cavit\u00e9 \u00e9troite.<\/p>\n<p>Elle glissa la main \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur.<\/p>\n<p>Ses doigts rencontr\u00e8rent du plastique.<\/p>\n<p>Elle tira un paquet soigneusement envelopp\u00e9 dans plusieurs couches d\u2019un ancien sac \u00e9tanche.<\/p>\n<p>Henri d\u00e9tourna les yeux.<\/p>\n<p>Claire posa le paquet sur le rebord du puits.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019int\u00e9rieur se trouvait une cassette audio.<\/p>\n<p>Une petite cassette datant des ann\u00e9es quatre-vingt.<\/p>\n<p>Et trois photographies.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re repr\u00e9sentait une voiture pr\u00e8s du ruisseau.<\/p>\n<p>Claire reconnut le lieu imm\u00e9diatement.<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me montrait deux hommes autour du v\u00e9hicule.<\/p>\n<p>Henri et Marcel.<\/p>\n<p>La troisi\u00e8me avait \u00e9t\u00e9 prise de plus loin.<\/p>\n<p>Ils poussaient la voiture vers l\u2019eau.<\/p>\n<p>Claire resta muette.<\/p>\n<p>Son p\u00e8re s\u2019appuya contre le puits.<\/p>\n<p>\u00ab Ce n\u2019est pas ce que tu crois. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Vous avez d\u00e9plac\u00e9 la voiture d\u2019Antoine. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pourquoi ? \u00bb<\/p>\n<p>Henri ne r\u00e9pondit pas.<\/p>\n<p>Claire prit la cassette.<\/p>\n<p>Une \u00e9tiquette \u00e9tait coll\u00e9e dessus.<\/p>\n<p>21 OCTOBRE 1988 \u2014 23 H 47.<\/p>\n<p>\u00ab Qui a enregistr\u00e9 \u00e7a ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Marcel. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pourquoi ? \u00bb<\/p>\n<p>Henri regarda vers la maison.<\/p>\n<p>\u00ab Parce qu\u2019il avait peur. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab De toi ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab De tout le monde. \u00bb<\/p>\n<p>Claire serra la cassette dans sa main.<\/p>\n<p>\u00ab Il faut l\u2019\u00e9couter. \u00bb<\/p>\n<p>Ils trouv\u00e8rent un ancien lecteur dans un placard de la chambre d\u2019Henri. Il appartenait autrefois \u00e0 sa m\u00e8re, qui enregistrait des \u00e9missions de radio.<\/p>\n<p>Claire ins\u00e9ra la cassette.<\/p>\n<p>Pendant quelques secondes, il n\u2019y eut qu\u2019un souffle.<\/p>\n<p>Puis une voix.<\/p>\n<p>Celle de Marcel, beaucoup plus jeune.<\/p>\n<p>\u00ab Il est vingt-trois heures quarante-sept. Je fais \u00e7a parce que je ne veux pas qu\u2019on dise plus tard que personne ne savait. \u00bb<\/p>\n<p>Henri ferma les yeux.<\/p>\n<p>La bande continua.<\/p>\n<p>\u00ab Antoine est revenu ce soir. Il voulait parler \u00e0 \u00c9lise. Henri lui a demand\u00e9 de partir. Antoine a refus\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Un bruit de vent.<\/p>\n<p>Puis des voix \u00e9loign\u00e9es.<\/p>\n<p>Claire augmenta le volume.<\/p>\n<p>La voix d\u2019un homme cria :<\/p>\n<p>\u00ab Tu n\u2019as aucun droit de d\u00e9cider pour elle ! \u00bb<\/p>\n<p>Henri.<\/p>\n<p>Plus jeune, mais reconnaissable.<\/p>\n<p>Une deuxi\u00e8me voix r\u00e9pondit.<\/p>\n<p>Antoine.<\/p>\n<p>\u00ab Elle d\u00e9cidera elle-m\u00eame ! \u00bb<\/p>\n<p>Claire regarda son p\u00e8re.<\/p>\n<p>Il fixait le sol.<\/p>\n<p>Sur la cassette, une femme parla.<\/p>\n<p>La voix tremblait.<\/p>\n<p>\u00ab Antoine, arr\u00eate. S\u2019il te pla\u00eet. \u00bb<\/p>\n<p>Claire se figea.<\/p>\n<p>\u00ab C\u2019est maman ? \u00bb<\/p>\n<p>Henri ne r\u00e9pondit pas.<\/p>\n<p>Mais Claire connaissait cette voix.<\/p>\n<p>M\u00eame apr\u00e8s dix ans.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait sa m\u00e8re.<\/p>\n<p>Anne.<\/p>\n<p>Sur l\u2019enregistrement, Antoine cria de nouveau.<\/p>\n<p>\u00ab Tu ne peux pas continuer \u00e0 mentir ! \u00bb<\/p>\n<p>Puis Anne :<\/p>\n<p>\u00ab Pas ici. Pas maintenant. \u00bb<\/p>\n<p>Henri :<\/p>\n<p>\u00ab Tu vas partir. \u00bb<\/p>\n<p>Antoine rit.<\/p>\n<p>\u00ab Et si je raconte tout ? Qu\u2019est-ce que tu vas faire ? Me tuer ? \u00bb<\/p>\n<p>Un silence.<\/p>\n<p>Puis un choc brutal.<\/p>\n<p>Claire posa une main sur sa bouche.<\/p>\n<p>Des cris.<\/p>\n<p>Des pas.<\/p>\n<p>La bande devint confuse.<\/p>\n<p>Marcel parlait loin du micro.<\/p>\n<p>\u00ab Arr\u00eatez ! \u00bb<\/p>\n<p>Anne cria.<\/p>\n<p>Henri hurla quelque chose d\u2019incompr\u00e9hensible.<\/p>\n<p>Puis un autre choc.<\/p>\n<p>Un bruit sourd.<\/p>\n<p>Silence.<\/p>\n<p>Sur la cassette, Marcel respirait rapidement.<\/p>\n<p>\u00ab Bon Dieu. \u00bb<\/p>\n<p>Claire interrompit la lecture.<\/p>\n<p>\u00ab Qu\u2019est-ce qui s\u2019est pass\u00e9 ? \u00bb<\/p>\n<p>Henri ne leva pas les yeux.<\/p>\n<p>\u00ab Remets. \u00bb<\/p>\n<p>Elle appuya sur lecture.<\/p>\n<p>La voix de Marcel revint.<\/p>\n<p>\u00ab Antoine est tomb\u00e9. Il ne bouge plus. \u00bb<\/p>\n<p>Claire sentit ses mains devenir froides.<\/p>\n<p>Une femme pleurait.<\/p>\n<p>Anne.<\/p>\n<p>Puis Henri :<\/p>\n<p>\u00ab Appelez une ambulance. \u00bb<\/p>\n<p>Une autre voix masculine r\u00e9pondit.<\/p>\n<p>Claire ne la connaissait pas.<\/p>\n<p>\u00ab Personne n\u2019appelle personne. \u00bb<\/p>\n<p>Henri, dans la cuisine, ouvrit les yeux.<\/p>\n<p>Claire arr\u00eata de nouveau la bande.<\/p>\n<p>\u00ab Qui est-ce ? \u00bb<\/p>\n<p>Son p\u00e8re resta silencieux.<\/p>\n<p>\u00ab Qui est cet homme ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Paul Valette. \u00bb<\/p>\n<p>Claire se rappela la photo de la ferme de Marcel.<\/p>\n<p>L\u2019oncle d\u2019Antoine.<\/p>\n<p>\u00ab Il \u00e9tait l\u00e0 ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pourquoi ? \u00bb<\/p>\n<p>Henri inspira profond\u00e9ment.<\/p>\n<p>\u00ab Parce qu\u2019il suivait Antoine. \u00bb<\/p>\n<p>Claire relan\u00e7a la cassette.<\/p>\n<p>Paul parlait d\u2019un ton \u00e9tonnamment calme.<\/p>\n<p>\u00ab S\u2019il y a une enqu\u00eate, tout le monde perdra quelque chose. Toi, Henri. Anne. \u00c9lise. Moi. \u00bb<\/p>\n<p>Henri r\u00e9pondit :<\/p>\n<p>\u00ab Il respire encore. \u00bb<\/p>\n<p>Puis la voix d\u2019Anne :<\/p>\n<p>\u00ab Faites quelque chose. \u00bb<\/p>\n<p>Un silence.<\/p>\n<p>Paul :<\/p>\n<p>\u00ab On va faire quelque chose. Mais pas ici. \u00bb<\/p>\n<p>La bande s\u2019arr\u00eata brusquement.<\/p>\n<p>Claire regarda son p\u00e8re.<\/p>\n<p>\u00ab Antoine \u00e9tait vivant. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Quand vous avez d\u00e9plac\u00e9 la voiture, il \u00e9tait vivant. \u00bb<\/p>\n<p>Henri acquies\u00e7a.<\/p>\n<p>\u00ab O\u00f9 l\u2019avez-vous emmen\u00e9 ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Paul a pris sa camionnette. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Avec Antoine dedans ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et vous l\u2019avez laiss\u00e9 faire ? \u00bb<\/p>\n<p>Henri frappa le mur du poing.<\/p>\n<p>\u00ab Nous \u00e9tions terrifi\u00e9s ! Antoine avait frapp\u00e9 Marcel. Il m\u2019avait attaqu\u00e9. Anne \u00e9tait enceinte. \u00c9lise hurlait. Paul nous r\u00e9p\u00e9tait qu\u2019il allait conduire Antoine \u00e0 l\u2019h\u00f4pital de la ville voisine. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et vous l\u2019avez cru ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je voulais le croire. \u00bb<\/p>\n<p>Claire se leva.<\/p>\n<p>\u00ab Puis pourquoi d\u00e9placer sa voiture ? \u00bb<\/p>\n<p>Henri resta silencieux.<\/p>\n<p>\u00ab Pourquoi ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Paul est revenu deux heures plus tard. \u00bb<\/p>\n<p>Claire sentit la r\u00e9ponse avant qu\u2019il ne la prononce.<\/p>\n<p>\u00ab Seul. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab O\u00f9 \u00e9tait Antoine ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il a dit qu\u2019il l\u2019avait d\u00e9pos\u00e9 \u00e0 une clinique priv\u00e9e. Puis il nous a expliqu\u00e9 qu\u2019Antoine avait peur d\u2019\u00eatre arr\u00eat\u00e9 pour l\u2019agression et qu\u2019il comptait quitter la r\u00e9gion. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et la voiture ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Paul voulait faire croire qu\u2019Antoine \u00e9tait parti \u00e0 pied apr\u00e8s un accident. \u00bb<\/p>\n<p>Claire regarda les photographies.<\/p>\n<p>\u00ab Et toi et Marcel, vous l\u2019avez aid\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Henri acquies\u00e7a.<\/p>\n<p>\u00ab Pourquoi ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Parce qu\u2019il nous tenait. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Avec quoi ? \u00bb<\/p>\n<p>Henri regarda la cassette.<\/p>\n<p>\u00ab Ce qu\u2019Antoine mena\u00e7ait de r\u00e9v\u00e9ler. \u00bb<\/p>\n<p>Claire sentit soudain que le v\u00e9ritable secret n\u2019avait toujours pas \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9.<\/p>\n<p>Elle repensa aux paroles enregistr\u00e9es.<\/p>\n<p>Tu n\u2019as aucun droit de d\u00e9cider pour elle.<\/p>\n<p>Elle d\u00e9cidera elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>Tu ne peux pas continuer \u00e0 mentir.<\/p>\n<p>Claire regarda son p\u00e8re.<\/p>\n<p>\u00ab De quoi Antoine voulait-il parler \u00e0 maman ? \u00bb<\/p>\n<p>Henri ferma les yeux.<\/p>\n<p>\u00ab Claire&#8230; \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab De quoi ? \u00bb<\/p>\n<p>Il s\u2019assit.<\/p>\n<p>Sa voix devint presque inaudible.<\/p>\n<p>\u00ab De toi. \u00bb<\/p>\n<p>Claire resta immobile.<\/p>\n<p>\u00ab Je n\u2019\u00e9tais pas encore n\u00e9e. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Justement. \u00bb<\/p>\n<p>Un silence immense sembla remplir la pi\u00e8ce.<\/p>\n<p>Claire sentit son c\u0153ur battre lentement, lourdement.<\/p>\n<p>\u00ab Explique. \u00bb<\/p>\n<p>Henri fixa ses mains.<\/p>\n<p>\u00ab Anne et moi nous \u00e9tions s\u00e9par\u00e9s pendant quelques mois au d\u00e9but de 1988. Personne ne le savait vraiment. Nous vivions encore sous le m\u00eame toit par moments. Elle travaillait \u00e0 l\u2019h\u00f4tel de la ville. Moi, j\u2019\u00e9tais souvent sur les chantiers. \u00bb<\/p>\n<p>Claire ne bougeait plus.<\/p>\n<p>\u00ab Pendant cette p\u00e9riode, elle s\u2019est rapproch\u00e9e de quelqu\u2019un. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Antoine. \u00bb<\/p>\n<p>Henri acquies\u00e7a.<\/p>\n<p>Claire sentit le sol se d\u00e9rober.<\/p>\n<p>\u00ab Non. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Quand ta m\u00e8re a appris qu\u2019elle \u00e9tait enceinte, nous nous \u00e9tions remis ensemble. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Elle ne savait pas avec certitude\u2014 \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Arr\u00eate. \u00bb<\/p>\n<p>Henri se tut.<\/p>\n<p>Claire marcha jusqu\u2019\u00e0 la fen\u00eatre.<\/p>\n<p>Le mur de terre se dressait au-del\u00e0 du verger.<\/p>\n<p>Tout ce qu\u2019elle avait entendu depuis son arriv\u00e9e changeait de sens.<\/p>\n<p>Antoine revenant parler \u00e0 Anne.<\/p>\n<p>Henri voulant le chasser.<\/p>\n<p>Paul parlant de ce que chacun risquait de perdre.<\/p>\n<p>Sa m\u00e8re voulant la prot\u00e9ger.<\/p>\n<p>Claire se retourna.<\/p>\n<p>\u00ab Est-ce qu\u2019Antoine Valette \u00e9tait mon p\u00e8re ? \u00bb<\/p>\n<p>Henri avait les yeux humides.<\/p>\n<p>\u00ab Je t\u2019ai \u00e9lev\u00e9e depuis le jour o\u00f9 tu es n\u00e9e. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ce n\u2019est pas ma question. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je t\u2019ai aim\u00e9e comme ma fille chaque jour de ma vie. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ce n\u2019est toujours pas ma question. \u00bb<\/p>\n<p>Henri baissa la t\u00eate.<\/p>\n<p>\u00ab Je ne sais pas. \u00bb<\/p>\n<p>Claire sentit une col\u00e8re froide remplacer le choc.<\/p>\n<p>\u00ab Pendant quarante ans, tu n\u2019as jamais cherch\u00e9 \u00e0 savoir ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ta m\u00e8re refusait. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et apr\u00e8s sa mort ? \u00bb<\/p>\n<p>Henri releva les yeux.<\/p>\n<p>\u00ab \u00c0 quoi cela aurait servi ? \u00bb<\/p>\n<p>Claire eut un rire bref, sans joie.<\/p>\n<p>\u00ab \u00c0 savoir qui je suis. \u00bb<\/p>\n<p>Son t\u00e9l\u00e9phone vibra.<\/p>\n<p>Un nouveau message.<\/p>\n<p>Elle le lut.<\/p>\n<p>UNE HEURE DE RETARD ET MARCEL MEURT.<\/p>\n<p>Puis une localisation.<\/p>\n<p>Une ancienne carri\u00e8re d\u00e9saffect\u00e9e \u00e0 douze kilom\u00e8tres.<\/p>\n<p>Claire reconnut imm\u00e9diatement le nom.<\/p>\n<p>Carri\u00e8re Valette.<\/p>\n<p>Henri s\u2019approcha.<\/p>\n<p>\u00ab Nous n\u2019avons plus beaucoup de temps. \u00bb<\/p>\n<p>Claire ramassa le carnet, la cassette et les photographies.<\/p>\n<p>\u00ab Nous apportons tout. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ils tiennent Marcel. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et ces preuves sont la seule chose qui puisse les faire condamner. \u00bb<\/p>\n<p>Claire fixa son p\u00e8re.<\/p>\n<p>\u00ab Si Antoine \u00e9tait peut-\u00eatre mon p\u00e8re, je veux savoir ce qui lui est arriv\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Henri p\u00e2lit.<\/p>\n<p>\u00ab Claire\u2014 \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et si Marcel conna\u00eet la v\u00e9rit\u00e9, je ne vais pas le laisser mourir pour prot\u00e9ger encore votre silence. \u00bb<\/p>\n<p>Elle sortit.<\/p>\n<p>Henri la suivit jusqu\u2019\u00e0 la voiture.<\/p>\n<p>Au moment o\u00f9 Claire ouvrit la porti\u00e8re, elle aper\u00e7ut quelque chose sur le mur de terre.<\/p>\n<p>Une trace fra\u00eeche.<\/p>\n<p>Quelqu\u2019un avait grav\u00e9 trois lettres dans l\u2019argile pendant qu\u2019ils \u00e9taient pr\u00e8s du puits.<\/p>\n<p>A.V.<\/p>\n<p>Sous les initiales, une fl\u00e8che indiquait le sol.<\/p>\n<p>Claire se pencha.<\/p>\n<p>Une petite enveloppe d\u00e9passait entre deux pierres.<\/p>\n<p>Elle l\u2019ouvrit.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019int\u00e9rieur se trouvait une copie r\u00e9cente d\u2019un test biologique.<\/p>\n<p>Elle parcourut les lignes sans comprendre d\u2019abord.<\/p>\n<p>Puis elle vit son propre nom.<\/p>\n<p>Claire Morel.<\/p>\n<p>Un deuxi\u00e8me nom.<\/p>\n<p>\u00c9chantillon attribu\u00e9 : Antoine Valette.<\/p>\n<p>Probabilit\u00e9 de filiation biologique : 99,87 %.<\/p>\n<p>Claire cessa de respirer.<\/p>\n<p>Henri lut par-dessus son \u00e9paule.<\/p>\n<p>Son visage se vida.<\/p>\n<p>Au verso du document, une phrase avait \u00e9t\u00e9 \u00e9crite \u00e0 la main.<\/p>\n<p>Si vous voulez savoir qui a r\u00e9ellement tu\u00e9 votre p\u00e8re, venez \u00e0 la carri\u00e8re sans Henri.<\/p>\n<p>END PART 4<\/p>\n<p>PART 5 TITLE: \u00c0 la carri\u00e8re abandonn\u00e9e, Claire comprend que le rendez-vous n\u2019avait jamais \u00e9t\u00e9 organis\u00e9 seulement pour sauver Marcel<\/p>\n<p>Claire replia le r\u00e9sultat d\u2019ADN et le glissa dans sa poche avant qu\u2019Henri puisse le lui prendre. Il resta face \u00e0 elle, immobile devant le mur, comme si les trois lettres grav\u00e9es dans l\u2019argile avaient davantage de poids que les pierres et la terre accumul\u00e9es autour d\u2019eux.<\/p>\n<p>\u00ab Tu ne vas pas y aller seule \u00bb, dit-il.<\/p>\n<p>Claire ouvrit la porti\u00e8re.<\/p>\n<p>\u00ab Le message dit exactement le contraire. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C\u2019est un pi\u00e8ge. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je sais. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Alors ne fais pas comme si \u00e7a changeait quelque chose. \u00bb<\/p>\n<p>Elle posa sur lui un regard dur. \u00ab Marcel est attach\u00e9 quelque part parce que vous avez tous choisi de cacher ce qui s\u2019est pass\u00e9. Aujourd\u2019hui, c\u2019est lui qui paie. Je ne vais pas continuer cette tradition familiale. \u00bb<\/p>\n<p>Henri encaissa sans r\u00e9pondre. Claire prit la cassette, les photographies et le carnet noir. La petite cl\u00e9 trouv\u00e9e dans la bo\u00eete \u00e9tait rest\u00e9e dans la poche int\u00e9rieure de sa veste depuis la nuit pr\u00e9c\u00e9dente. Elle la sentit contre ses c\u00f4tes lorsqu\u2019elle s\u2019installa derri\u00e8re le volant.<\/p>\n<p>Son p\u00e8re posa une main sur la porti\u00e8re avant qu\u2019elle ne la referme.<\/p>\n<p>\u00ab \u00c9coute-moi au moins sur un point. Ne leur donne pas tout. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pourquoi ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Parce que d\u00e8s qu\u2019ils auront les preuves, Marcel ne leur servira plus \u00e0 rien. Et toi non plus. \u00bb<\/p>\n<p>Claire soutint son regard quelques secondes. Malgr\u00e9 les mensonges, malgr\u00e9 les secrets, cette peur-l\u00e0 \u00e9tait r\u00e9elle.<\/p>\n<p>Elle sortit le carnet et le lui tendit.<\/p>\n<p>\u00ab Garde-le. \u00bb<\/p>\n<p>Henri sembla surpris.<\/p>\n<p>\u00ab La cassette et les photos suffiront \u00e0 leur faire croire que j\u2019ai apport\u00e9 ce qu\u2019ils veulent. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Claire\u2014 \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Si je ne t\u2019appelle pas avant treize heures, tu vas voir Lef\u00e8vre. Tu lui donnes le carnet. Tout. M\u00eame ce qui te compromet. \u00bb<\/p>\n<p>Henri serra l\u2019objet dans sa main.<\/p>\n<p>\u00ab Et si \u00e7a te compromet, toi ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Alors il faudra que j\u2019assume d\u2019avoir voulu conna\u00eetre la v\u00e9rit\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Elle d\u00e9marra.<\/p>\n<p>La carri\u00e8re Valette se trouvait \u00e0 douze kilom\u00e8tres au nord, derri\u00e8re une route \u00e9troite bord\u00e9e de pins. Ferm\u00e9e depuis plus de vingt ans, elle apparaissait rarement sur les cartes r\u00e9centes. Claire s\u2019en souvenait pourtant. Enfant, Henri ralentissait toujours en passant devant les grilles rouill\u00e9es sans jamais expliquer pourquoi.<\/p>\n<p>\u00c0 onze heures quarante-sept, elle gara sa voiture devant l\u2019ancien portail.<\/p>\n<p>Une cha\u00eene pendait ouverte.<\/p>\n<p>Claire resta un moment au volant, observant l\u2019int\u00e9rieur. Des falaises de pierre grise entouraient une vaste excavation envahie de broussailles. Une ancienne cabine de pesage se dressait pr\u00e8s d\u2019un hangar dont le toit s\u2019\u00e9tait partiellement effondr\u00e9.<\/p>\n<p>Son t\u00e9l\u00e9phone vibra.<\/p>\n<p>AVANCEZ JUSQU\u2019AU B\u00c2TIMENT BLANC. SEULE.<\/p>\n<p>Claire sortit.<\/p>\n<p>Elle avait plac\u00e9 la cassette dans son sac et les photographies dans une enveloppe. Le r\u00e9sultat d\u2019ADN restait dans sa poche. Le silence du site \u00e9tait presque total, \u00e0 l\u2019exception d\u2019un morceau de t\u00f4le qui claquait sous les rafales.<\/p>\n<p>Elle atteignit le b\u00e2timent blanc.<\/p>\n<p>La porte s\u2019ouvrit avant qu\u2019elle la touche.<\/p>\n<p>Un homme d\u2019une cinquantaine d\u2019ann\u00e9es se tenait dans l\u2019embrasure. Cheveux gris coup\u00e9s court, chemise sombre, visage maigre.<\/p>\n<p>Claire ne l\u2019avait jamais vu.<\/p>\n<p>\u00ab Claire Morel ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab O\u00f9 est Marcel ? \u00bb<\/p>\n<p>L\u2019homme eut un mouvement de m\u00e2choire.<\/p>\n<p>\u00ab Vous ressemblez \u00e0 votre m\u00e8re. \u00bb<\/p>\n<p>Claire sentit aussit\u00f4t son ventre se nouer.<\/p>\n<p>\u00ab Votre nom. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Laurent Valette. \u00bb<\/p>\n<p>Elle comprit.<\/p>\n<p>\u00ab Le fils de Paul. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Vous avez fait vos recherches rapidement. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pas assez rapidement, apparemment. \u00bb<\/p>\n<p>Laurent s\u2019\u00e9carta.<\/p>\n<p>\u00ab Entrez. \u00bb<\/p>\n<p>Claire ne bougea pas.<\/p>\n<p>\u00ab Montrez-moi Marcel. \u00bb<\/p>\n<p>Un deuxi\u00e8me homme apparut derri\u00e8re Laurent. Plus jeune, \u00e9pais, une cicatrice au menton. Il ouvrit une porte int\u00e9rieure.<\/p>\n<p>Marcel \u00e9tait assis sur une chaise.<\/p>\n<p>Ses poignets \u00e9taient attach\u00e9s devant lui. Du sang s\u00e9ch\u00e9 marquait sa tempe, mais il releva imm\u00e9diatement la t\u00eate.<\/p>\n<p>\u00ab Claire, ne leur donne rien. \u00bb<\/p>\n<p>Le jeune homme le frappa derri\u00e8re l\u2019\u00e9paule.<\/p>\n<p>\u00ab Ferme-la. \u00bb<\/p>\n<p>Claire avan\u00e7a brusquement.<\/p>\n<p>\u00ab Touchez-le encore et je repars avec ce que vous cherchez. \u00bb<\/p>\n<p>Laurent leva la main vers son compagnon.<\/p>\n<p>\u00ab S\u00e9bastien. \u00c7a suffit. \u00bb<\/p>\n<p>Marcel regarda Claire.<\/p>\n<p>\u00ab Henri est au courant ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<p>Son expression changea.<\/p>\n<p>\u00ab Alors pourquoi es-tu venue ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Parce que personne d\u2019autre ne semblait press\u00e9 de te d\u00e9tacher. \u00bb<\/p>\n<p>Laurent referma la porte.<\/p>\n<p>\u00ab La cassette. Le carnet. Et ce que Marcel avait cach\u00e9 dans le puits. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Vous avez d\u00e9j\u00e0 les photographies de Marcel attach\u00e9. Il semble que chacun apporte ce qu\u2019il poss\u00e8de. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ne jouez pas \u00e0 \u00e7a avec moi. \u00bb<\/p>\n<p>Claire posa son sac sur une table m\u00e9tallique.<\/p>\n<p>\u00ab Avant quoi que ce soit, je veux savoir qui a laiss\u00e9 le test ADN chez mon p\u00e8re. \u00bb<\/p>\n<p>Pour la premi\u00e8re fois, Laurent parut sinc\u00e8rement d\u00e9concert\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Quel test ? \u00bb<\/p>\n<p>Claire sortit la feuille.<\/p>\n<p>Il la prit, la lut, puis releva les yeux.<\/p>\n<p>\u00ab Je n\u2019ai jamais vu \u00e7a. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Le message disait de venir ici sans Henri. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Mon message disait d\u2019apporter les preuves et de venir seuls. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ce n\u2019est pas la m\u00eame chose. \u00bb<\/p>\n<p>Laurent regarda S\u00e9bastien.<\/p>\n<p>L\u2019autre secoua la t\u00eate.<\/p>\n<p>\u00ab J\u2019ai rien mis sur leur mur. \u00bb<\/p>\n<p>Marcel intervint depuis la pi\u00e8ce voisine.<\/p>\n<p>\u00ab Parce qu\u2019il y a quelqu\u2019un d\u2019autre. Je vous l\u2019ai dit. \u00bb<\/p>\n<p>Laurent se retourna.<\/p>\n<p>\u00ab Toi, tu m\u2019as dit beaucoup de choses depuis hier. La moiti\u00e9 \u00e9taient des mensonges. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et l\u2019autre moiti\u00e9 devrait t\u2019emp\u00eacher de faire exactement ce que ton p\u00e8re veut. \u00bb<\/p>\n<p>Le visage de Laurent se durcit.<\/p>\n<p>Claire s\u2019approcha.<\/p>\n<p>\u00ab Votre p\u00e8re est derri\u00e8re \u00e7a ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Mon p\u00e8re veut r\u00e9cup\u00e9rer ce qui appartient \u00e0 notre famille. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Vous kidnappiez souvent des retrait\u00e9s pour r\u00e9gler les successions chez les Valette ? \u00bb<\/p>\n<p>Laurent posa le r\u00e9sultat ADN sur la table.<\/p>\n<p>\u00ab Pendant trente-huit ans, Henri Morel a laiss\u00e9 tout le monde croire que mon cousin avait quitt\u00e9 cette vall\u00e9e. Pendant trente-huit ans, Marcel a gard\u00e9 des preuves. Vous voulez parler de l\u00e9galit\u00e9 maintenant ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Antoine \u00e9tait votre cousin ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<p>Claire comprit alors que Paul, l\u2019oncle d\u2019Antoine, \u00e9tait \u00e9galement l\u2019oncle ou le p\u00e8re de nombreux membres du clan, mais Laurent ajouta :<\/p>\n<p>\u00ab Paul est mon p\u00e8re. Antoine \u00e9tait le fils de son fr\u00e8re a\u00een\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Claire regarda Marcel.<\/p>\n<p>\u00ab Qu\u2019est-ce qu\u2019il ne leur a pas dit ? \u00bb<\/p>\n<p>Marcel essaya de se redresser.<\/p>\n<p>\u00ab Antoine n\u2019est pas mort le soir du vingt et un octobre. \u00bb<\/p>\n<p>Le silence changea de nature.<\/p>\n<p>Claire pensa avoir mal entendu.<\/p>\n<p>\u00ab Quoi ? \u00bb<\/p>\n<p>Marcel fixa Henri absent comme s\u2019il pouvait le voir \u00e0 travers les murs.<\/p>\n<p>\u00ab Ton p\u00e8re ne sait pas tout. \u00bb<\/p>\n<p>Laurent frappa la table.<\/p>\n<p>\u00ab Encore cette histoire. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Parce que c\u2019est vrai. \u00bb<\/p>\n<p>Claire se rapprocha de Marcel.<\/p>\n<p>\u00ab Tu as entendu l\u2019enregistrement. Tu dis qu\u2019Antoine respirait encore quand Paul l\u2019a emmen\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. Mais ce n\u2019est pas tout. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Marcel. \u00bb<\/p>\n<p>La voix venait de l\u2019ext\u00e9rieur.<\/p>\n<p>Claire ferma les yeux une seconde.<\/p>\n<p>Henri.<\/p>\n<p>Laurent jura.<\/p>\n<p>S\u00e9bastien ouvrit la porte et sortit avec pr\u00e9cipitation.<\/p>\n<p>Claire se tourna vers la fen\u00eatre.<\/p>\n<p>Son p\u00e8re avan\u00e7ait \u00e0 d\u00e9couvert entre les blocs de pierre.<\/p>\n<p>\u00ab Je t\u2019avais dit de rester chez toi ! \u00bb cria-t-elle.<\/p>\n<p>\u00ab Et moi, je t\u2019avais dit de ne pas venir seule ! \u00bb<\/p>\n<p>Laurent sortit un pistolet de sa ceinture.<\/p>\n<p>Claire se pla\u00e7a devant la porte.<\/p>\n<p>\u00ab Vous avez d\u00e9j\u00e0 un otage. Vous n\u2019en avez pas besoin d\u2019un deuxi\u00e8me. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab \u00c9cartez-vous. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non. \u00bb<\/p>\n<p>Henri s\u2019arr\u00eata \u00e0 vingt m\u00e8tres.<\/p>\n<p>\u00ab Laurent ! Je sais qui tu es. \u00bb<\/p>\n<p>Laurent s\u2019immobilisa.<\/p>\n<p>\u00ab Alors tu sais pourquoi je suis ici. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ton p\u00e8re t\u2019a menti. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C\u2019est ce que disent toujours les hommes qui ont peur qu\u2019on d\u00e9couvre leurs crimes. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Antoine \u00e9tait vivant quand Paul est parti avec lui. \u00bb<\/p>\n<p>Laurent regarda Marcel, puis Claire.<\/p>\n<p>\u00ab Et apr\u00e8s ? \u00bb<\/p>\n<p>Henri ne r\u00e9pondit pas.<\/p>\n<p>Marcel cria :<\/p>\n<p>\u00ab Moi, je l\u2019ai revu ! \u00bb<\/p>\n<p>Tout le monde se tut.<\/p>\n<p>M\u00eame Henri.<\/p>\n<p>Claire se tourna lentement vers lui.<\/p>\n<p>\u00ab Quand ? \u00bb<\/p>\n<p>Marcel d\u00e9glutit.<\/p>\n<p>\u00ab Trois jours apr\u00e8s sa disparition. \u00bb<\/p>\n<p>Henri devint livide.<\/p>\n<p>\u00ab Tu m\u2019avais jur\u00e9 que tu ne savais rien. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Parce que j\u2019\u00e9tais l\u00e2che. \u00bb<\/p>\n<p>Laurent entra dans la pi\u00e8ce et referma la porte derri\u00e8re Henri, que S\u00e9bastien venait de conduire \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur.<\/p>\n<p>\u00ab Maintenant \u00bb, dit-il, \u00ab vous allez enfin parler. \u00bb<\/p>\n<p>Marcel regarda Claire.<\/p>\n<p>\u00ab Le vingt-quatre octobre 1988, j\u2019ai suivi Paul jusqu\u2019ici. Je voulais savoir pourquoi il revenait sans arr\u00eat \u00e0 la carri\u00e8re. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Antoine \u00e9tait dans l\u2019ancien bureau du contrema\u00eetre. Bless\u00e9, mais vivant. \u00bb<\/p>\n<p>Claire sentit ses doigts se resserrer sur le dossier de la chaise.<\/p>\n<p>\u00ab Tu lui as parl\u00e9 ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Quelques minutes. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Qu\u2019est-ce qu\u2019il t\u2019a dit ? \u00bb<\/p>\n<p>Marcel ferma les yeux, comme s\u2019il revoyait un homme disparu depuis presque quatre d\u00e9cennies.<\/p>\n<p>\u00ab Il m\u2019a dit qu\u2019il ne pouvait pas aller \u00e0 la police parce que Paul avait pris ses papiers. Il m\u2019a demand\u00e9 de pr\u00e9venir Anne. Et il m\u2019a donn\u00e9 une cl\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Claire porta instinctivement la main \u00e0 sa veste.<\/p>\n<p>Le m\u00e9tal semblait soudain br\u00fblant contre elle.<\/p>\n<p>Laurent vit le mouvement.<\/p>\n<p>\u00ab Vous l\u2019avez. \u00bb<\/p>\n<p>Claire recula.<\/p>\n<p>\u00ab Elle ouvre quoi ? \u00bb<\/p>\n<p>Marcel r\u00e9pondit avant elle.<\/p>\n<p>\u00ab Un meuble dans l\u2019ancien bureau des g\u00e9om\u00e8tres. Antoine y avait cach\u00e9 quelque chose sur le terrain. \u00bb<\/p>\n<p>Laurent pointa son arme vers la porte.<\/p>\n<p>\u00ab Alors on y va. \u00bb<\/p>\n<p>Henri regarda Marcel avec une col\u00e8re travers\u00e9e de douleur.<\/p>\n<p>\u00ab Pendant toutes ces ann\u00e9es, tu savais qu\u2019il avait surv\u00e9cu cette nuit-l\u00e0. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et tu ne m\u2019as rien dit. \u00bb<\/p>\n<p>Marcel soutint son regard.<\/p>\n<p>\u00ab Parce que quand j\u2019ai voulu revenir le lendemain, le bureau \u00e9tait vide. Antoine avait disparu pour de bon. Et Paul m\u2019attendait. \u00bb<\/p>\n<p>Claire demanda :<\/p>\n<p>\u00ab Qu\u2019est-ce qu\u2019il t\u2019a fait ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il m\u2019a expliqu\u00e9 que si j\u2019ouvrais la bouche, la police apprendrait que nous avions d\u00e9plac\u00e9 la voiture. Il m\u2019a dit qu\u2019Anne serait impliqu\u00e9e. Que toi, Henri, tu perdrais tout. \u00bb<\/p>\n<p>Henri p\u00e2lit \u00e0 la mention d\u2019Anne.<\/p>\n<p>Laurent poussa Marcel vers la sortie apr\u00e8s lui avoir d\u00e9tach\u00e9 les chevilles tout en gardant ses poignets li\u00e9s.<\/p>\n<p>Ils travers\u00e8rent la carri\u00e8re jusqu\u2019\u00e0 un groupe de b\u00e2timents d\u00e9labr\u00e9s pr\u00e8s de la paroi nord. L\u2019ancien bureau des g\u00e9om\u00e8tres n\u2019\u00e9tait plus qu\u2019une petite construction en pierre dont les fen\u00eatres avaient \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9es par des plaques m\u00e9talliques.<\/p>\n<p>Claire s\u2019arr\u00eata devant la serrure rouill\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00ab La cl\u00e9 ne peut pas ouvrir \u00e7a. \u00bb<\/p>\n<p>Marcel secoua la t\u00eate.<\/p>\n<p>\u00ab Pas la porte. \u00c0 l\u2019int\u00e9rieur. \u00bb<\/p>\n<p>S\u00e9bastien for\u00e7a l\u2019entr\u00e9e avec une barre de fer.<\/p>\n<p>Une odeur de poussi\u00e8re et d\u2019huile ancienne s\u2019\u00e9chappa de la pi\u00e8ce. Des armoires renvers\u00e9es couvraient le sol. Un bureau \u00e9tait encore fix\u00e9 au mur.<\/p>\n<p>Marcel indiqua une armoire basse.<\/p>\n<p>\u00ab L\u00e0. \u00bb<\/p>\n<p>Claire s\u2019accroupit.<\/p>\n<p>Sous des couches de rouille, une petite serrure apparut.<\/p>\n<p>Elle sortit la cl\u00e9.<\/p>\n<p>Henri la regardait comme s\u2019il assistait au retour physique d\u2019un souvenir qu\u2019il avait essay\u00e9 d\u2019enterrer.<\/p>\n<p>La cl\u00e9 entra parfaitement.<\/p>\n<p>Claire tourna.<\/p>\n<p>Un d\u00e9clic.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019int\u00e9rieur se trouvaient plusieurs dossiers prot\u00e9g\u00e9s par une toile cir\u00e9e, un carnet de comptes et une enveloppe portant le nom d\u2019Anne Morel.<\/p>\n<p>Mais ce fut Marcel qui remarqua le plan pli\u00e9 au fond.<\/p>\n<p>Il l\u2019ouvrit sur le sol.<\/p>\n<p>La carte repr\u00e9sentait la carri\u00e8re et les parcelles voisines en 1988.<\/p>\n<p>Une ligne rouge traversait le terrain des Morel.<\/p>\n<p>Elle suivait exactement l\u2019ancien mur de terre.<\/p>\n<p>\u00c0 un endroit, pr\u00e8s du vieux ch\u00eane, Antoine avait dessin\u00e9 une croix.<\/p>\n<p>Sous la croix, une note :<\/p>\n<p>SI JE DISPARAIS, CHERCHEZ ICI.<\/p>\n<p>Henri recula d\u2019un pas.<\/p>\n<p>Claire releva les yeux vers lui.<\/p>\n<p>\u00ab Tu connaissais cette croix ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non. \u00bb<\/p>\n<p>Marcel se pencha sur le plan.<\/p>\n<p>Son visage se d\u00e9composa.<\/p>\n<p>\u00ab Ce n\u2019est pas possible. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Quoi ? \u00bb<\/p>\n<p>Il pointa la date inscrite en bas.<\/p>\n<p>Le plan avait \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9 le 27 octobre 1988.<\/p>\n<p>Six jours apr\u00e8s la disparition officielle d\u2019Antoine.<\/p>\n<p>Et sous la date apparaissait une signature.<\/p>\n<p>Antoine Valette.<\/p>\n<p>END PART 5<\/p>\n<p>PART 6 TITLE: La signature d\u2019Antoine r\u00e9v\u00e8le qu\u2019un homme officiellement disparu travaillait encore six jours plus tard \u00e0 d\u00e9voiler un autre crime<\/p>\n<p>Personne ne parla pendant plusieurs secondes. Claire resta agenouill\u00e9e devant le plan, les yeux fix\u00e9s sur la signature. Elle avait vu le nom d\u2019Antoine sur d\u2019autres documents trouv\u00e9s dans la bo\u00eete, mais ici l\u2019\u00e9criture paraissait plus h\u00e9sitante, certaines lettres l\u00e9g\u00e8rement trembl\u00e9es.<\/p>\n<p>Henri finit par murmurer :<\/p>\n<p>\u00ab Le vingt-sept. \u00bb<\/p>\n<p>Marcel hocha la t\u00eate.<\/p>\n<p>\u00ab C\u2019est trois jours apr\u00e8s la derni\u00e8re fois o\u00f9 je l\u2019ai vu vivant. \u00bb<\/p>\n<p>Laurent arracha presque le document des mains de Claire.<\/p>\n<p>\u00ab \u00c7a ne prouve pas qu\u2019il l\u2019a sign\u00e9 ce jour-l\u00e0. Quelqu\u2019un pouvait mettre n\u2019importe quelle date. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pourquoi Antoine aurait-il pr\u00e9par\u00e9 un faux document annon\u00e7ant sa propre disparition ? \u00bb demanda Claire.<\/p>\n<p>Laurent ne r\u00e9pondit pas.<\/p>\n<p>S\u00e9bastien fouillait d\u00e9j\u00e0 le reste de l\u2019armoire. Il sortit un registre \u00e9pais dont plusieurs pages avaient \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9es d\u2019une croix rouge.<\/p>\n<p>Claire r\u00e9cup\u00e9ra l\u2019enveloppe destin\u00e9e \u00e0 Anne.<\/p>\n<p>Elle \u00e9tait encore ferm\u00e9e.<\/p>\n<p>Henri la vit.<\/p>\n<p>\u00ab Attends. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pourquoi ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Parce qu\u2019elle \u00e9tait adress\u00e9e \u00e0 ta m\u00e8re. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ma m\u00e8re est morte. \u00bb<\/p>\n<p>Henri baissa les yeux.<\/p>\n<p>Claire ouvrit l\u2019enveloppe.<\/p>\n<p>La lettre contenait seulement quelques lignes.<\/p>\n<p>Anne,<\/p>\n<p>Je ne vais pas venir chez vous. Ce que je dois r\u00e9gler concerne Paul et moi. Apr\u00e8s \u00e7a, je partirai. Je ne veux pas arracher Claire \u00e0 la vie que tu as choisie pour elle, quelle que soit la v\u00e9rit\u00e9 sur sa naissance.<\/p>\n<p>Ne crois pas ce que Paul racontera sur moi.<\/p>\n<p>S\u2019il m\u2019arrive quelque chose, Marcel poss\u00e8de la cl\u00e9.<\/p>\n<p>A.<\/p>\n<p>Claire relut la phrase concernant sa naissance jusqu\u2019\u00e0 ce que les mots deviennent presque abstraits.<\/p>\n<p>Henri lui prit doucement la feuille.<\/p>\n<p>Il ne semblait pas surpris.<\/p>\n<p>\u00ab Tu connaissais cette lettre ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Mais tu savais qu\u2019Antoine avait accept\u00e9 de partir. \u00bb<\/p>\n<p>Henri h\u00e9sita.<\/p>\n<p>\u00ab Ta m\u00e8re me l\u2019avait dit. Je pensais qu\u2019elle inventait \u00e7a pour me calmer. \u00bb<\/p>\n<p>Claire tourna la t\u00eate vers Marcel.<\/p>\n<p>\u00ab Tu n\u2019as jamais remis cette cl\u00e9 \u00e0 Anne. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pourquoi ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Parce que Paul m\u2019avait d\u00e9j\u00e0 menac\u00e9 quand j\u2019ai voulu retourner voir Antoine. Ensuite Antoine a disparu une seconde fois. J\u2019avais vingt-six ans, Claire. Je me suis persuad\u00e9 que rester silencieux emp\u00eacherait le pire. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Le pire \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 arriv\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je le sais maintenant. \u00bb<\/p>\n<p>Laurent feuilletait le registre.<\/p>\n<p>\u00ab C\u2019est quoi, ces chiffres ? \u00bb<\/p>\n<p>Marcel se rapprocha.<\/p>\n<p>Des colonnes indiquaient des num\u00e9ros de parcelles, des volumes extraits, des ventes et des versements effectu\u00e9s \u00e0 diff\u00e9rentes soci\u00e9t\u00e9s.<\/p>\n<p>Henri fron\u00e7a les sourcils.<\/p>\n<p>\u00ab La carri\u00e8re n\u2019avait jamais produit autant. \u00bb<\/p>\n<p>Claire regarda une s\u00e9rie de montants.<\/p>\n<p>\u00ab Ces chiffres sont \u00e9normes pour l\u2019\u00e9poque. \u00bb<\/p>\n<p>Laurent p\u00e2lit.<\/p>\n<p>\u00ab C\u2019est l\u2019\u00e9criture de mon p\u00e8re. \u00bb<\/p>\n<p>Plus loin, plusieurs lignes \u00e9taient accompagn\u00e9es de noms de propri\u00e9taires dont les signatures semblaient r\u00e9p\u00e9t\u00e9es \u00e0 l\u2019identique.<\/p>\n<p>Marcel comprit avant les autres.<\/p>\n<p>\u00ab Des actes falsifi\u00e9s. \u00bb<\/p>\n<p>Henri examina les pages.<\/p>\n<p>\u00ab Paul utilisait les conflits de limites pour acheter ou revendre des terrains qui ne lui appartenaient pas enti\u00e8rement. \u00bb<\/p>\n<p>Claire pensa au mur d\u00e9truit en 1988.<\/p>\n<p>\u00ab Antoine avait d\u00e9couvert \u00e7a. \u00bb<\/p>\n<p>Marcel acquies\u00e7a.<\/p>\n<p>\u00ab Voil\u00e0 pourquoi il s\u2019int\u00e9ressait soudain tellement aux bornes. Ce n\u2019\u00e9tait pas seulement la bande de terrain entre les Morel et les Valette. Il avait compris que les plans cadastraux avaient \u00e9t\u00e9 manipul\u00e9s. \u00bb<\/p>\n<p>Laurent referma violemment le registre.<\/p>\n<p>\u00ab Mon p\u00e8re n\u2019aurait pas fait \u00e7a. \u00bb<\/p>\n<p>Henri lui lan\u00e7a un regard dur.<\/p>\n<p>\u00ab Ton p\u00e8re a emmen\u00e9 un homme bless\u00e9 en pr\u00e9tendant le conduire \u00e0 l\u2019h\u00f4pital. Cet homme a \u00e9t\u00e9 cach\u00e9 ici au moins trois jours. Tu veux vraiment continuer \u00e0 d\u00e9cider ce dont Paul \u00e9tait capable ? \u00bb<\/p>\n<p>Laurent serra le registre contre lui.<\/p>\n<p>Un bruit de moteur monta depuis l\u2019entr\u00e9e de la carri\u00e8re.<\/p>\n<p>S\u00e9bastien se dirigea vers la fen\u00eatre.<\/p>\n<p>\u00ab Quelqu\u2019un arrive. \u00bb<\/p>\n<p>Claire pensa \u00e0 Lef\u00e8vre.<\/p>\n<p>Mais le v\u00e9hicule qui apparut entre les blocs de pierre n\u2019\u00e9tait pas une voiture de gendarmerie.<\/p>\n<p>Une vieille berline grise s\u2019arr\u00eata \u00e0 cinquante m\u00e8tres.<\/p>\n<p>Une femme en descendit.<\/p>\n<p>Ses cheveux blancs \u00e9taient courts, son dos l\u00e9g\u00e8rement courb\u00e9, mais sa d\u00e9marche restait ferme.<\/p>\n<p>Marcel murmura :<\/p>\n<p>\u00ab \u00c9lise. \u00bb<\/p>\n<p>Claire reconnut imm\u00e9diatement le visage de la photographie de 1988.<\/p>\n<p>La s\u0153ur d\u2019Antoine.<\/p>\n<p>Laurent sortit du b\u00e2timent.<\/p>\n<p>\u00ab Qu\u2019est-ce que tu fais ici ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00c9lise ne r\u00e9pondit pas. Elle passa devant lui et entra.<\/p>\n<p>Son regard se posa d\u2019abord sur Henri.<\/p>\n<p>Aucune salutation.<\/p>\n<p>Puis sur Claire.<\/p>\n<p>Elle resta immobile.<\/p>\n<p>\u00ab Tu as ses yeux \u00bb, dit-elle.<\/p>\n<p>Claire sentit Henri se raidir.<\/p>\n<p>\u00ab Ne commence pas. \u00bb<\/p>\n<p>\u00c9lise ignora la remarque.<\/p>\n<p>\u00ab Vous avez trouv\u00e9 le registre. \u00bb<\/p>\n<p>Laurent la fixa.<\/p>\n<p>\u00ab Tu savais ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Depuis longtemps. Pas o\u00f9 il \u00e9tait. Mais je savais qu\u2019Antoine avait d\u00e9couvert les falsifications de Paul. \u00bb<\/p>\n<p>Laurent ouvrit la bouche.<\/p>\n<p>\u00ab Pourquoi tu n\u2019as jamais parl\u00e9 ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00c9lise eut un sourire amer.<\/p>\n<p>\u00ab Parce que dans notre famille, le silence \u00e9tait presque une profession. \u00bb<\/p>\n<p>Claire sortit le r\u00e9sultat ADN.<\/p>\n<p>\u00ab Est-ce vous qui avez mis \u00e7a sur le mur ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00c9lise lut la feuille.<\/p>\n<p>Son expression se durcit.<\/p>\n<p>\u00ab Non. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Vous saviez qu\u2019Antoine pouvait \u00eatre mon p\u00e8re ? \u00bb<\/p>\n<p>Cette fois, \u00c9lise regarda Henri.<\/p>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<p>Claire sentit sa col\u00e8re revenir.<\/p>\n<p>\u00ab Tout le monde savait sauf moi. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non. Beaucoup soup\u00e7onnaient. Ce n\u2019est pas la m\u00eame chose. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ce document dit 99,87 %. \u00bb<\/p>\n<p>\u00c9lise lui rendit la feuille.<\/p>\n<p>\u00ab Et ce document est faux. \u00bb<\/p>\n<p>Claire la fixa.<\/p>\n<p>\u00ab Comment pouvez-vous le savoir ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Parce qu\u2019aucun laboratoire n\u2019a jamais eu un \u00e9chantillon d\u2019Antoine permettant de produire ce r\u00e9sultat. \u00bb<\/p>\n<p>Laurent intervint.<\/p>\n<p>\u00ab Paul avait peut-\u00eatre quelque chose. \u00bb<\/p>\n<p>\u00c9lise secoua lentement la t\u00eate.<\/p>\n<p>\u00ab Paul avait des dossiers. Des v\u00eatements. Peut-\u00eatre des cheveux conserv\u00e9s par notre m\u00e8re. Mais ce papier n\u2019est pas un vrai rapport. Regardez le num\u00e9ro du laboratoire. \u00bb<\/p>\n<p>Claire observa le bas de la page.<\/p>\n<p>\u00ab Qu\u2019est-ce qu\u2019il a ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ce laboratoire n\u2019existait pas sous ce nom avant l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re. Et cette mise en page correspond \u00e0 des r\u00e9sultats destin\u00e9s aux tests entre personnes vivantes. Quelqu\u2019un a fabriqu\u00e9 \u00e7a pour que vous croyiez imm\u00e9diatement qu\u2019Antoine \u00e9tait votre p\u00e8re. \u00bb<\/p>\n<p>Claire sentit une \u00e9trange combinaison de soulagement et de frustration.<\/p>\n<p>\u00ab Alors je ne sais toujours rien. \u00bb<\/p>\n<p>Henri parla doucement.<\/p>\n<p>\u00ab Tu sais qui t\u2019a \u00e9lev\u00e9e. \u00bb<\/p>\n<p>Elle se tourna vers lui.<\/p>\n<p>\u00ab Pas maintenant. \u00bb<\/p>\n<p>La douleur passa sur son visage, mais il acquies\u00e7a.<\/p>\n<p>\u00c9lise prit la lettre d\u2019Antoine.<\/p>\n<p>Ses mains se mirent \u00e0 trembler.<\/p>\n<p>\u00ab Je n\u2019avais jamais vu \u00e7a. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Vous avez vu Antoine apr\u00e8s le vingt et un ? \u00bb demanda Claire.<\/p>\n<p>\u00c9lise resta silencieuse.<\/p>\n<p>Marcel la regardait avec insistance.<\/p>\n<p>\u00ab \u00c9lise. \u00bb<\/p>\n<p>Elle finit par r\u00e9pondre.<\/p>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<p>Henri se retourna brutalement.<\/p>\n<p>\u00ab Toi aussi ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Le vingt-six octobre. \u00bb<\/p>\n<p>Un nouveau silence tomba.<\/p>\n<p>Claire eut presque envie de rire tant les r\u00e9v\u00e9lations semblaient absurdes.<\/p>\n<p>\u00ab Donc Antoine a \u00e9t\u00e9 vu vivant le vingt-quatre par Marcel, le vingt-six par vous, et le vingt-sept quelqu\u2019un a dat\u00e9 un plan avec sa signature. Pendant ce temps, tout le monde racontait qu\u2019il avait disparu le vingt et un. \u00bb<\/p>\n<p>\u00c9lise replia la lettre.<\/p>\n<p>\u00ab Paul le retenait ici. \u00bb<\/p>\n<p>Laurent secoua la t\u00eate.<\/p>\n<p>\u00ab Pourquoi ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Parce qu\u2019Antoine avait copi\u00e9 ses registres. Il voulait aller voir un avocat \u00e0 Grenoble. Paul lui disait qu\u2019il devait d\u2019abord se remettre de ses blessures. En r\u00e9alit\u00e9, il cherchait les copies. \u00bb<\/p>\n<p>Claire demanda :<\/p>\n<p>\u00ab Pourquoi Antoine n\u2019est-il pas simplement parti ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il avait une c\u00f4te cass\u00e9e. Peut-\u00eatre une commotion. Et il croyait encore, malgr\u00e9 tout, que Paul ne lui ferait pas de mal. C\u2019\u00e9tait son oncle. \u00bb<\/p>\n<p>Henri posa une main sur le bureau.<\/p>\n<p>\u00ab Et toi, tu l\u2019as laiss\u00e9 ici ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00c9lise se retourna vers lui.<\/p>\n<p>\u00ab Ne me juge pas trop vite. Toi aussi, tu as d\u00e9plac\u00e9 sa voiture. \u00bb<\/p>\n<p>Henri ne r\u00e9pondit rien.<\/p>\n<p>\u00ab Quand je suis revenue le vingt-huit \u00bb, poursuivit \u00c9lise, \u00ab le bureau \u00e9tait vide. Paul m\u2019a dit qu\u2019Antoine avait pris de l\u2019argent et quitt\u00e9 la r\u00e9gion. J\u2019ai voulu le croire. \u00bb<\/p>\n<p>Claire d\u00e9plia de nouveau le plan.<\/p>\n<p>\u00ab Et la croix pr\u00e8s du ch\u00eane ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00c9lise se pencha.<\/p>\n<p>Son visage changea.<\/p>\n<p>\u00ab Ce symbole n\u2019indique pas une cache. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Alors quoi ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Dans les plans de carri\u00e8re, Antoine utilisait une croix comme celle-ci pour signaler les endroits o\u00f9 la terre avait \u00e9t\u00e9 remu\u00e9e ou remblay\u00e9e r\u00e9cemment. \u00bb<\/p>\n<p>Claire regarda Henri.<\/p>\n<p>\u00ab Pr\u00e8s du ch\u00eane. \u00bb<\/p>\n<p>Henri secoua la t\u00eate.<\/p>\n<p>\u00ab Je n\u2019ai jamais creus\u00e9 l\u00e0-bas. \u00bb<\/p>\n<p>Marcel r\u00e9pondit :<\/p>\n<p>\u00ab Mais Paul, si. \u00bb<\/p>\n<p>Tous se tourn\u00e8rent vers lui.<\/p>\n<p>Marcel avait le regard fix\u00e9 sur la carte.<\/p>\n<p>\u00ab Je viens de m\u2019en souvenir. Apr\u00e8s la disparition d\u2019Antoine, Paul a propos\u00e9 de reconstruire une partie du vieux mur d\u00e9truit par la temp\u00eate. Henri refusait de le voir sur la propri\u00e9t\u00e9, alors il est venu quand Henri travaillait loin. \u00bb<\/p>\n<p>Henri p\u00e2lit.<\/p>\n<p>\u00ab Quand ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab D\u00e9but novembre. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Comment tu sais \u00e7a ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Parce que je l\u2019ai aid\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Henri fit un pas vers lui.<\/p>\n<p>\u00ab Qu\u2019est-ce que tu racontes ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il m\u2019a dit que c\u2019\u00e9tait pour calmer les histoires de limites. Il m\u2019a pay\u00e9. J\u2019\u00e9tais terrifi\u00e9 par tout ce que je savais d\u00e9j\u00e0. J\u2019ai fait ce qu\u2019il demandait. \u00bb<\/p>\n<p>Claire sentit le plan trembler entre ses doigts.<\/p>\n<p>\u00ab O\u00f9 avez-vous mis la terre ? \u00bb<\/p>\n<p>Marcel indiqua la croix.<\/p>\n<p>\u00ab L\u00e0. Pr\u00e8s du ch\u00eane. Puis le mur passait dessus. \u00bb<\/p>\n<p>Henri recula jusqu\u2019au mur du bureau.<\/p>\n<p>\u00ab Je l\u2019ai d\u00e9truit moi-m\u00eame quelques ann\u00e9es plus tard. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pourquoi ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Parce que ta m\u00e8re ne supportait plus de le voir. Je croyais que c\u2019\u00e9tait \u00e0 cause de la dispute. \u00bb<\/p>\n<p>\u00c9lise observa Claire.<\/p>\n<p>\u00ab Et maintenant Henri l\u2019a reconstruit presque au m\u00eame endroit. \u00bb<\/p>\n<p>Claire regarda son p\u00e8re.<\/p>\n<p>\u00ab Pourquoi ? \u00bb<\/p>\n<p>Henri passa une main sur son front.<\/p>\n<p>\u00ab Il y a trois semaines, j\u2019ai re\u00e7u une enveloppe. Sans nom. \u00c0 l\u2019int\u00e9rieur, il y avait une vieille photo du mur et une seule phrase : \u201cCe que Paul a cach\u00e9 revient toujours \u00e0 la surface.\u201d \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu ne m\u2019as jamais parl\u00e9 de \u00e7a. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je ne savais pas si c\u2019\u00e9tait une menace ou un avertissement. J\u2019ai reconstruit le mur parce que des hommes avaient commenc\u00e9 \u00e0 venir mesurer le terrain. Je voulais emp\u00eacher qui que ce soit de creuser avant de comprendre. \u00bb<\/p>\n<p>Claire plia soigneusement le plan.<\/p>\n<p>\u00ab Alors maintenant, on comprend. \u00bb<\/p>\n<p>Laurent leva la t\u00eate.<\/p>\n<p>\u00ab Vous voulez ouvrir le mur ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<p>Un bruit m\u00e9tallique claqua derri\u00e8re eux.<\/p>\n<p>S\u00e9bastien venait de verrouiller la porte.<\/p>\n<p>Laurent se retourna.<\/p>\n<p>\u00ab Qu\u2019est-ce que tu fais ? \u00bb<\/p>\n<p>S\u00e9bastien tenait d\u00e9sormais le pistolet.<\/p>\n<p>Il ne regardait plus Laurent comme un associ\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Je fais ce qu\u2019on m\u2019a pay\u00e9 pour faire. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Par qui ? \u00bb<\/p>\n<p>S\u00e9bastien eut un sourire bref.<\/p>\n<p>\u00ab Ton p\u00e8re. \u00bb<\/p>\n<p>Laurent devint blanc.<\/p>\n<p>\u00ab Paul t\u2019a envoy\u00e9 ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il savait que tu finirais par trouver les vieux dossiers. Il voulait juste savoir o\u00f9 ils \u00e9taient. Merci pour le travail. \u00bb<\/p>\n<p>S\u00e9bastien tendit la main.<\/p>\n<p>\u00ab Le registre. Le plan. La cassette. Tout. \u00bb<\/p>\n<p>Claire vit Marcel d\u00e9placer l\u00e9g\u00e8rement son poids.<\/p>\n<p>Henri aussi.<\/p>\n<p>S\u00e9bastien pointa l\u2019arme vers Claire.<\/p>\n<p>\u00ab Pas de geste idiot. \u00bb<\/p>\n<p>Laurent lui lan\u00e7a le registre au visage.<\/p>\n<p>Tout se passa en une seconde.<\/p>\n<p>Marcel renversa une chaise contre les jambes de S\u00e9bastien. Henri saisit Claire et la tira derri\u00e8re le bureau. Le coup de feu partit vers le plafond.<\/p>\n<p>Laurent se jeta sur S\u00e9bastien.<\/p>\n<p>\u00c9lise attrapa le plan.<\/p>\n<p>Claire vit le pistolet glisser sur le sol.<\/p>\n<p>Elle se pr\u00e9cipita et le repoussa du pied.<\/p>\n<p>Henri immobilisa S\u00e9bastien avec Laurent.<\/p>\n<p>Quelques minutes plus tard, Claire appelait Lef\u00e8vre.<\/p>\n<p>Lorsque les gendarmes arriv\u00e8rent, S\u00e9bastien cessa de parler.<\/p>\n<p>Mais son t\u00e9l\u00e9phone contenait plusieurs appels effectu\u00e9s le matin m\u00eame vers un num\u00e9ro enregistr\u00e9 seulement sous la lettre P.<\/p>\n<p>Lef\u00e8vre regarda Laurent.<\/p>\n<p>\u00ab Votre p\u00e8re habite toujours \u00e0 Saint-Roch ? \u00bb<\/p>\n<p>Laurent acquies\u00e7a lentement.<\/p>\n<p>Le gendarme t\u00e9l\u00e9phona \u00e0 une brigade voisine.<\/p>\n<p>La r\u00e9ponse arriva dix minutes plus tard.<\/p>\n<p>La maison de Paul Valette \u00e9tait vide.<\/p>\n<p>Sa voiture avait disparu.<\/p>\n<p>Et sur la table de sa cuisine, la police avait trouv\u00e9 une photographie r\u00e9cente du mur d\u2019Henri, prise deux jours auparavant.<\/p>\n<p>Au dos, Paul avait \u00e9crit :<\/p>\n<p>Ils finiront par creuser exactement l\u00e0 o\u00f9 je leur ai interdit de regarder.<\/p>\n<p>END PART 6<\/p>\n<p>PART 7 TITLE: Sous l\u2019ancien trac\u00e9 du mur, les gendarmes d\u00e9couvrent enfin ce que Paul Valette avait pass\u00e9 trente-huit ans \u00e0 prot\u00e9ger<\/p>\n<p>La premi\u00e8re pelle m\u00e9canique entra sur le terrain des Morel \u00e0 seize heures douze. Claire observa l\u2019engin franchir le portail pendant qu\u2019Henri retirait lui-m\u00eame la cha\u00eene qu\u2019il avait install\u00e9e quelques jours plus t\u00f4t. Le geste lui co\u00fbta visiblement davantage que l\u2019effort physique ne l\u2019exigeait.<\/p>\n<p>Lef\u00e8vre avait obtenu l\u2019autorisation de s\u00e9curiser la zone apr\u00e8s avoir transmis le plan, le registre, la cassette et la d\u00e9position de Marcel au procureur. Personne ne parlait encore officiellement d\u2019une fouille criminelle. On \u00e9voquait une \u00ab v\u00e9rification urgente li\u00e9e \u00e0 une disparition ancienne \u00bb. Pourtant, les techniciens arriv\u00e9s avec combinaisons, rubans de protection et mat\u00e9riel photographique ne laissaient aucun doute.<\/p>\n<p>Claire se tenait pr\u00e8s du vieux ch\u00eane.<\/p>\n<p>Le mur nouvellement construit passait \u00e0 moins de deux m\u00e8tres du tronc.<\/p>\n<p>Henri s\u2019approcha d\u2019elle.<\/p>\n<p>\u00ab Tu n\u2019es pas oblig\u00e9e de rester. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Si. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ce qu\u2019ils trouveront peut \u00eatre difficile. \u00bb<\/p>\n<p>Claire regarda la terre.<\/p>\n<p>\u00ab Ce qui \u00e9tait difficile, c\u2019\u00e9tait de vivre quarante ans avec une histoire dont je ne connaissais m\u00eame pas l\u2019existence. \u00bb<\/p>\n<p>Henri baissa la t\u00eate.<\/p>\n<p>\u00ab J\u2019aurais d\u00fb te parler d\u2019Anne et Antoine. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<p>Il attendit peut-\u00eatre une phrase adoucissant la r\u00e9ponse.<\/p>\n<p>Elle ne vint pas.<\/p>\n<p>Les ouvriers commenc\u00e8rent par d\u00e9monter quelques m\u00e8tres du nouveau mur. La terre fra\u00eeche tomba en mottes \u00e9paisses. Sous cette couche apparut un sol plus compact, vein\u00e9 de pierres et de fragments d\u2019un mur beaucoup plus ancien.<\/p>\n<p>Marcel, assis un peu plus loin apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 examin\u00e9 par un m\u00e9decin, regardait chaque mouvement avec une attention douloureuse.<\/p>\n<p>\u00c9lise se tenait pr\u00e8s de lui.<\/p>\n<p>Laurent avait accept\u00e9 de rester pour r\u00e9pondre aux gendarmes. Il ne parlait presque plus depuis l\u2019arrestation de S\u00e9bastien. La d\u00e9couverte que son propre p\u00e8re avait utilis\u00e9 son enqu\u00eate pour r\u00e9cup\u00e9rer les preuves semblait lui avoir retir\u00e9 toute certitude.<\/p>\n<p>\u00c0 dix-sept heures vingt, une technicienne leva la main.<\/p>\n<p>La pelleteuse s\u2019arr\u00eata.<\/p>\n<p>Tout le monde se tut.<\/p>\n<p>La femme s\u2019agenouilla pr\u00e8s d\u2019un amas de terre plus sombre.<\/p>\n<p>Elle utilisa une petite truelle.<\/p>\n<p>Claire vit appara\u00eetre un morceau de tissu.<\/p>\n<p>Puis du cuir.<\/p>\n<p>Une chaussure.<\/p>\n<p>Henri d\u00e9tourna imm\u00e9diatement le regard.<\/p>\n<p>Lef\u00e8vre demanda \u00e0 tous les civils de reculer.<\/p>\n<p>Claire ne bougea pas assez vite.<\/p>\n<p>La technicienne d\u00e9gagea quelque chose de blanc.<\/p>\n<p>Un os.<\/p>\n<p>Lef\u00e8vre s\u2019approcha de Claire.<\/p>\n<p>\u00ab Madame Morel, vous devez retourner pr\u00e8s de la maison. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C\u2019est lui ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Nous ne pouvons rien dire pour l\u2019instant. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Mais vous pensez que c\u2019est un corps. \u00bb<\/p>\n<p>Il ne r\u00e9pondit pas directement.<\/p>\n<p>\u00ab Laissez-nous travailler. \u00bb<\/p>\n<p>Claire rejoignit Henri.<\/p>\n<p>Elle s\u2019attendait \u00e0 le voir effondr\u00e9.<\/p>\n<p>Au contraire, il paraissait \u00e9trangement calme.<\/p>\n<p>\u00ab Tu savais \u00bb, dit-elle.<\/p>\n<p>\u00ab Non. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu t\u2019en doutais. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Depuis l\u2019enveloppe, oui. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pourquoi ne pas avoir appel\u00e9 la police ? \u00bb<\/p>\n<p>Henri regarda la zone fouill\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00ab Parce que si c\u2019\u00e9tait Antoine, je savais que la voiture d\u00e9plac\u00e9e reviendrait aussi. La cassette. Anne. Tout. \u00bb<\/p>\n<p>Claire croisa les bras.<\/p>\n<p>\u00ab Et tu as choisi encore une fois de prot\u00e9ger le pass\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je voulais quelques jours pour comprendre. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu as eu trente-huit ans. \u00bb<\/p>\n<p>Henri encaissa la phrase sans protester.<\/p>\n<p>Le travail se poursuivit jusqu\u2019\u00e0 la tomb\u00e9e du jour sous des lampes install\u00e9es autour de la zone. Le corps \u00e9tait enfoui \u00e0 faible profondeur sous les vestiges de l\u2019ancien mur. Le squelette portait encore des lambeaux de v\u00eatements, une boucle de ceinture et une montre m\u00e9tallique.<\/p>\n<p>\u00c9lise aper\u00e7ut la montre lorsqu\u2019un technicien la pla\u00e7a dans un sachet transparent.<\/p>\n<p>Elle porta la main \u00e0 sa bouche.<\/p>\n<p>\u00ab C\u2019est celle d\u2019Antoine. \u00bb<\/p>\n<p>Laurent se retourna vers elle.<\/p>\n<p>\u00ab Tu es s\u00fbre ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je lui ai offert cette montre pour ses vingt-cinq ans. \u00bb<\/p>\n<p>Claire sentit sa poitrine se resserrer.<\/p>\n<p>Ce n\u2019\u00e9tait pas encore une identification scientifique.<\/p>\n<p>Mais personne n\u2019avait r\u00e9ellement besoin qu\u2019on lui explique ce qu\u2019ils venaient de trouver.<\/p>\n<p>Un petit \u00e9tui m\u00e9tallique fut d\u00e9couvert pr\u00e8s des c\u00f4tes.<\/p>\n<p>Lef\u00e8vre l\u2019ouvrit avec des gants.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019int\u00e9rieur, prot\u00e9g\u00e9e par des couches de papier devenu brun, se trouvait une photographie.<\/p>\n<p>Anne.<\/p>\n<p>Claire la reconnut imm\u00e9diatement.<\/p>\n<p>Sa m\u00e8re devait avoir vingt-cinq ou vingt-six ans. Elle souriait devant une rivi\u00e8re, les cheveux soulev\u00e9s par le vent.<\/p>\n<p>Au dos, une phrase \u00e9crite par Anne :<\/p>\n<p>\u00c0 Antoine, pour que tu te souviennes qu\u2019avant nos erreurs, nous \u00e9tions aussi des amis.<\/p>\n<p>Claire d\u00e9tourna la t\u00eate.<\/p>\n<p>Henri avait vu.<\/p>\n<p>Son visage se referma mais il ne dit rien.<\/p>\n<p>Plus tard, dans la cuisine, ils s\u2019assirent tous autour de la m\u00eame table : Claire, Henri, Marcel, \u00c9lise et Laurent. Lef\u00e8vre avait autoris\u00e9 Marcel \u00e0 partir apr\u00e8s sa premi\u00e8re d\u00e9position compl\u00e8te, \u00e0 condition de rester disponible.<\/p>\n<p>Personne ne toucha au caf\u00e9.<\/p>\n<p>Marcel finit par parler.<\/p>\n<p>\u00ab Je n\u2019ai jamais su qu\u2019il \u00e9tait l\u00e0. \u00bb<\/p>\n<p>Henri fixa la table.<\/p>\n<p>\u00ab Tu as aid\u00e9 Paul \u00e0 mettre de la terre sur cet endroit. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. Mais je n\u2019ai rien vu. Il m\u2019avait fait venir apr\u00e8s la tomb\u00e9e de la nuit. Une partie du remblai \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 en place. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et tu ne t\u2019es jamais demand\u00e9 pourquoi ? \u00bb<\/p>\n<p>Marcel eut un rire \u00e9puis\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Henri, je me suis pos\u00e9 cette question presque tous les jours pendant trente-huit ans. Je n\u2019ai simplement jamais eu le courage de chercher la r\u00e9ponse. \u00bb<\/p>\n<p>\u00c9lise regarda le r\u00e9sultat ADN toujours pos\u00e9 sur un meuble.<\/p>\n<p>\u00ab Paul savait pour Anne et Antoine. \u00bb<\/p>\n<p>Claire releva les yeux.<\/p>\n<p>\u00ab Depuis le d\u00e9but ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. Il s\u2019en est servi contre Antoine. Il disait que s\u2019il continuait \u00e0 fouiller dans ses comptes, il raconterait \u00e0 Henri que l\u2019enfant pouvait \u00eatre de lui. \u00bb<\/p>\n<p>Henri serra la m\u00e2choire.<\/p>\n<p>\u00ab Je l\u2019avais d\u00e9j\u00e0 appris. \u00bb<\/p>\n<p>\u00c9lise parut surprise.<\/p>\n<p>\u00ab Anne me l\u2019a dit elle-m\u00eame quelques jours avant la dispute. \u00bb<\/p>\n<p>Claire se tourna vers lui.<\/p>\n<p>\u00ab Et pourtant tu es rest\u00e9 avec elle. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab M\u00eame en sachant que je pouvais \u00eatre la fille d\u2019Antoine. \u00bb<\/p>\n<p>Henri la regarda enfin.<\/p>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<p>La r\u00e9ponse, simple et imm\u00e9diate, fit davantage \u00e0 Claire que toutes les explications pr\u00e9c\u00e9dentes.<\/p>\n<p>Elle baissa les yeux.<\/p>\n<p>\u00ab Alors pourquoi accepter de d\u00e9placer sa voiture apr\u00e8s sa disparition ? \u00bb<\/p>\n<p>Henri prit du temps avant de r\u00e9pondre.<\/p>\n<p>\u00ab Parce que Paul m\u2019a dit qu\u2019Antoine allait revenir te r\u00e9clamer apr\u00e8s ta naissance. Il m\u2019a dit qu\u2019il pouvait faire \u00e9clater notre famille \u00e0 n\u2019importe quel moment. Et il m\u2019a convaincu qu\u2019Antoine \u00e9tait parti vivant. Je voulais qu\u2019il reste loin. \u00bb<\/p>\n<p>Claire comprit alors la partie la moins glorieuse de la v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>Henri n\u2019avait pas aid\u00e9 Paul parce qu\u2019il croyait seulement prot\u00e9ger Anne.<\/p>\n<p>Une partie de lui avait voulu qu\u2019Antoine disparaisse.<\/p>\n<p>Henri le confirma d\u2019une voix basse.<\/p>\n<p>\u00ab J\u2019ai eu honte de ce souhait toute ma vie. \u00bb<\/p>\n<p>Personne ne parla.<\/p>\n<p>Un v\u00e9hicule s\u2019arr\u00eata dehors.<\/p>\n<p>Lef\u00e8vre entra quelques secondes plus tard.<\/p>\n<p>Son visage annon\u00e7ait une nouvelle importante.<\/p>\n<p>\u00ab Les premiers examens sur le squelette sont compatibles avec l\u2019\u00e2ge et la taille d\u2019Antoine Valette. L\u2019identification formelle prendra plus de temps. \u00bb<\/p>\n<p>\u00c9lise ferma les yeux.<\/p>\n<p>Lef\u00e8vre poursuivit :<\/p>\n<p>\u00ab Il y a aussi une fracture ancienne au cr\u00e2ne. \u00bb<\/p>\n<p>Claire sentit Henri se raidir.<\/p>\n<p>\u00ab Celle de la chute du vingt et un ? \u00bb demanda-t-elle.<\/p>\n<p>\u00ab Peut-\u00eatre. Nous devons attendre l\u2019expertise. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il a une autre blessure ? \u00bb<\/p>\n<p>Lef\u00e8vre h\u00e9sita.<\/p>\n<p>\u00ab Nous n\u2019avons pas encore de cause de d\u00e9c\u00e8s. \u00bb<\/p>\n<p>Cette prudence attira imm\u00e9diatement l\u2019attention de Claire.<\/p>\n<p>\u00ab Vous avez trouv\u00e9 quelque chose. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Nous avons trouv\u00e9 un \u00e9l\u00e9ment qui n\u00e9cessite une analyse avant toute conclusion. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Quoi ? \u00bb<\/p>\n<p>Le gendarme regarda les personnes autour de la table.<\/p>\n<p>\u00ab Une petite pi\u00e8ce m\u00e9tallique pr\u00e8s des vert\u00e8bres. \u00c7a pourrait \u00eatre un fragment quelconque provenant du sol. \u00c7a pourrait aussi \u00eatre autre chose. \u00bb<\/p>\n<p>Henri demanda :<\/p>\n<p>\u00ab Une balle ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C\u2019est possible. \u00bb<\/p>\n<p>Laurent se leva brutalement.<\/p>\n<p>\u00ab Mon p\u00e8re avait une arme. \u00bb<\/p>\n<p>\u00c9lise le regarda.<\/p>\n<p>\u00ab Tout le monde avait une arme \u00e0 la campagne \u00e0 cette \u00e9poque. \u00c7a ne prouve rien. \u00bb<\/p>\n<p>Lef\u00e8vre acquies\u00e7a.<\/p>\n<p>\u00ab Exactement. \u00bb<\/p>\n<p>Claire pensa soudain \u00e0 l\u2019enregistrement. \u00c0 Paul disant que personne n\u2019appellerait une ambulance. \u00c0 Antoine vivant plusieurs jours plus tard. \u00c0 la terre remu\u00e9e au d\u00e9but de novembre.<\/p>\n<p>\u00ab Paul avait besoin de faire dispara\u00eetre Antoine parce qu\u2019il connaissait les falsifications. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C\u2019est une hypoth\u00e8se \u00bb, r\u00e9pondit Lef\u00e8vre.<\/p>\n<p>\u00ab Et il est maintenant en fuite. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C\u2019est un fait. \u00bb<\/p>\n<p>Le t\u00e9l\u00e9phone de Laurent vibra.<\/p>\n<p>Il regarda l\u2019\u00e9cran.<\/p>\n<p>Son visage changea.<\/p>\n<p>\u00ab C\u2019est lui. \u00bb<\/p>\n<p>Lef\u00e8vre lui fit signe de ne pas r\u00e9pondre imm\u00e9diatement.<\/p>\n<p>\u00ab Haut-parleur. \u00bb<\/p>\n<p>Laurent d\u00e9crocha.<\/p>\n<p>\u00ab Papa ? \u00bb<\/p>\n<p>Un silence.<\/p>\n<p>Puis la voix d\u2019un vieil homme.<\/p>\n<p>Faible, mais claire.<\/p>\n<p>\u00ab Tu as trouv\u00e9 le registre. \u00bb<\/p>\n<p>Laurent regarda Lef\u00e8vre.<\/p>\n<p>\u00ab O\u00f9 es-tu ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ce n\u2019est plus important. \u00bb<\/p>\n<p>Claire sentit tous les regards se tourner vers le t\u00e9l\u00e9phone.<\/p>\n<p>Paul poursuivit :<\/p>\n<p>\u00ab Tu es avec les Morel ? \u00bb<\/p>\n<p>Laurent ne r\u00e9pondit pas.<\/p>\n<p>\u00ab Dis \u00e0 Claire qu\u2019elle cherche au mauvais endroit. \u00bb<\/p>\n<p>Claire s\u2019approcha.<\/p>\n<p>\u00ab Paul ? \u00bb<\/p>\n<p>Un silence.<\/p>\n<p>\u00ab Vous me connaissez ? \u00bb<\/p>\n<p>Le vieil homme eut un souffle qui ressemblait presque \u00e0 un rire.<\/p>\n<p>\u00ab Je t\u2019ai vue b\u00e9b\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Henri se leva.<\/p>\n<p>\u00ab Esp\u00e8ce de salaud. \u00bb<\/p>\n<p>Paul ignora sa voix.<\/p>\n<p>\u00ab Claire, le squelette sous le mur te dira comment Antoine est mort. Mais il ne te dira pas qui l\u2019a frapp\u00e9 avant qu\u2019il me supplie de le cacher. \u00bb<\/p>\n<p>Claire sentit sa gorge se serrer.<\/p>\n<p>\u00ab Qui l\u2019a frapp\u00e9 ? \u00bb<\/p>\n<p>Paul r\u00e9pondit :<\/p>\n<p>\u00ab Demande \u00e0 ton p\u00e8re o\u00f9 Anne est all\u00e9e dans la nuit du vingt-six octobre. \u00bb<\/p>\n<p>La communication fut coup\u00e9e.<\/p>\n<p>Tous les regards converg\u00e8rent vers Henri.<\/p>\n<p>Claire murmura :<\/p>\n<p>\u00ab O\u00f9 est all\u00e9e maman ? \u00bb<\/p>\n<p>Henri ne r\u00e9pondit pas.<\/p>\n<p>\u00ab Papa. \u00bb<\/p>\n<p>Il s\u2019assit lentement.<\/p>\n<p>\u00ab Elle m\u2019avait dit qu\u2019elle allait voir sa s\u0153ur. \u00bb<\/p>\n<p>Marcel ferma les yeux.<\/p>\n<p>\u00c9lise, elle, regardait le vide.<\/p>\n<p>\u00ab Non \u00bb, murmura-t-elle.<\/p>\n<p>Claire se tourna vers elle.<\/p>\n<p>\u00ab Quoi ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00c9lise semblait avoir compris quelque chose qu\u2019elle avait refus\u00e9 de comprendre pendant trente-huit ans.<\/p>\n<p>\u00ab Le vingt-six, quand je suis partie de la carri\u00e8re apr\u00e8s avoir vu Antoine\u2026 une voiture arrivait sur le chemin. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Quelle voiture ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00c9lise releva les yeux vers Claire.<\/p>\n<p>\u00ab Celle d\u2019Anne. \u00bb<\/p>\n<p>END PART 7<\/p>\n<p>PART 8 TITLE: La lettre cach\u00e9e par Anne oblige Claire \u00e0 envisager que sa m\u00e8re ait port\u00e9 le secret le plus terrible de tous<\/p>\n<p>Henri resta debout pr\u00e8s de la fen\u00eatre jusqu\u2019apr\u00e8s minuit. Claire le voyait dans le reflet de la vitre : \u00e9paules courb\u00e9es, mains appuy\u00e9es contre l\u2019\u00e9vier, regard perdu dans le noir du jardin o\u00f9 les gendarmes avaient d\u00e9sormais interdit l\u2019acc\u00e8s \u00e0 une partie du terrain.<\/p>\n<p>\u00ab Tu savais qu\u2019elle \u00e9tait all\u00e9e \u00e0 la carri\u00e8re \u00bb, dit Claire.<\/p>\n<p>Henri ne se retourna pas.<\/p>\n<p>\u00ab Je le savais seulement apr\u00e8s. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Apr\u00e8s quoi ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Apr\u00e8s sa mort. \u00bb<\/p>\n<p>Claire fron\u00e7a les sourcils.<\/p>\n<p>\u00ab Maman est morte vingt-huit ans apr\u00e8s Antoine. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je parle du moment o\u00f9 j\u2019ai d\u00e9couvert qu\u2019elle \u00e9tait all\u00e9e le voir. J\u2019ai trouv\u00e9 quelque chose dans ses affaires quand j\u2019ai rang\u00e9 sa chambre. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et tu ne m\u2019as rien dit. \u00bb<\/p>\n<p>Henri ferma les yeux.<\/p>\n<p>\u00ab Non. \u00bb<\/p>\n<p>Claire eut un rire sec.<\/p>\n<p>\u00ab \u00c0 ce stade, je devrais \u00eatre surprise quand tu me dis la v\u00e9rit\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Marcel et \u00c9lise \u00e9taient repartis avec Lef\u00e8vre pour compl\u00e9ter leurs d\u00e9positions. Laurent avait accompagn\u00e9 les gendarmes, qui essayaient toujours de localiser Paul gr\u00e2ce \u00e0 son t\u00e9l\u00e9phone. Pour la premi\u00e8re fois depuis des heures, Claire et Henri \u00e9taient seuls.<\/p>\n<p>Henri se dirigea vers l\u2019escalier.<\/p>\n<p>\u00ab Viens. \u00bb<\/p>\n<p>Ils mont\u00e8rent jusqu\u2019\u00e0 l\u2019ancienne chambre conjugale. Henri ouvrit une armoire et retira une pile de couvertures du compartiment sup\u00e9rieur.<\/p>\n<p>Derri\u00e8re se trouvait une petite malle bleue.<\/p>\n<p>Claire la connaissait.<\/p>\n<p>Sa m\u00e8re y conservait des papiers, quelques bijoux sans grande valeur, des cartes postales et les dessins que Claire avait faits lorsqu\u2019elle \u00e9tait enfant.<\/p>\n<p>Henri posa la malle sur le lit.<\/p>\n<p>\u00ab Apr\u00e8s sa mort, j\u2019ai presque tout laiss\u00e9 tel quel. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Sauf ce qui concernait Antoine. \u00bb<\/p>\n<p>Henri acquies\u00e7a.<\/p>\n<p>Il souleva le fond en tissu.<\/p>\n<p>Sous une plaque de carton se trouvait une enveloppe jaunie.<\/p>\n<p>Le nom d\u2019Henri \u00e9tait \u00e9crit dessus.<\/p>\n<p>Claire reconnut aussit\u00f4t l\u2019\u00e9criture de sa m\u00e8re.<\/p>\n<p>Henri ne la prit pas.<\/p>\n<p>\u00ab Lis. \u00bb<\/p>\n<p>Claire h\u00e9sita.<\/p>\n<p>\u00ab Elle te l\u2019avait \u00e9crite \u00e0 toi. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et c\u2019est toi qui as le droit de savoir maintenant. \u00bb<\/p>\n<p>Elle ouvrit l\u2019enveloppe.<\/p>\n<p>La lettre n\u2019\u00e9tait pas dat\u00e9e. L\u2019encre avait l\u00e9g\u00e8rement p\u00e2li.<\/p>\n<p>Henri,<\/p>\n<p>Je ne sais pas si j\u2019aurai un jour le courage de te dire cela en face. Peut-\u00eatre que je br\u00fblerai cette lettre avant que tu la voies.<\/p>\n<p>Je suis all\u00e9e voir Antoine \u00e0 la carri\u00e8re.<\/p>\n<p>Claire s\u2019arr\u00eata.<\/p>\n<p>Henri regardait le sol.<\/p>\n<p>Elle poursuivit.<\/p>\n<p>Il m\u2019avait demand\u00e9 de venir. Il disait qu\u2019il allait partir d\u00e8s qu\u2019il aurait remis des documents \u00e0 un avocat. Il ne voulait pas prendre le b\u00e9b\u00e9. Il voulait seulement savoir si je pensais qu\u2019il pouvait \u00eatre le p\u00e8re.<\/p>\n<p>Claire dut reprendre son souffle.<\/p>\n<p>Elle avait imagin\u00e9 sa m\u00e8re jeune, effray\u00e9e, enceinte. La lettre lui donnait soudain une voix r\u00e9elle, loin des souvenirs tranquilles qu\u2019elle conservait d\u2019elle.<\/p>\n<p>Je lui ai dit que je ne savais pas, et que m\u00eame s\u2019il l\u2019\u00e9tait, j\u2019avais choisi de rester avec toi. Il s\u2019est mis en col\u00e8re, pas parce que je refusais de partir avec lui, mais parce qu\u2019il croyait que Paul m\u2019avait forc\u00e9e \u00e0 mentir.<\/p>\n<p>Il voulait venir te parler imm\u00e9diatement.<\/p>\n<p>Je l\u2019en ai emp\u00each\u00e9.<\/p>\n<p>Claire s\u2019arr\u00eata encore.<\/p>\n<p>\u00ab Continue \u00bb, murmura Henri.<\/p>\n<p>Elle reprit.<\/p>\n<p>Nous nous sommes disput\u00e9s. Antoine \u00e9tait encore faible. Il avait de la fi\u00e8vre et une blessure \u00e0 la t\u00eate. Je lui ai dit qu\u2019il devait aller \u00e0 l\u2019h\u00f4pital. Il m\u2019a r\u00e9pondu qu\u2019il ne pouvait pas tant que Paul d\u00e9tenait les originaux de ses preuves.<\/p>\n<p>Puis Paul est arriv\u00e9.<\/p>\n<p>Claire sentit un froid lui parcourir le dos.<\/p>\n<p>Anne \u00e9crivait ensuite que les deux hommes s\u2019\u00e9taient violemment disput\u00e9s. Paul exigeait les copies du registre. Antoine refusait de dire o\u00f9 elles \u00e9taient.<\/p>\n<p>Il a accus\u00e9 Paul de voler les familles de la vall\u00e9e depuis des ann\u00e9es. Paul a r\u00e9pondu qu\u2019il avait tout fait pour pr\u00e9server l\u2019entreprise des Valette et qu\u2019Antoine \u00e9tait un enfant incapable de comprendre ce qu\u2019il risquait de d\u00e9truire.<\/p>\n<p>Je voulais partir.<\/p>\n<p>Antoine m\u2019a retenue.<\/p>\n<p>Claire s\u2019immobilisa.<\/p>\n<p>Le mot retenue \u00e9tait soulign\u00e9.<\/p>\n<p>Il m\u2019a attrap\u00e9e par le bras. Je ne crois pas qu\u2019il voulait me faire du mal. Il \u00e9tait d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9. Mais j\u2019ai eu peur.<\/p>\n<p>Il y avait une barre m\u00e9tallique appuy\u00e9e contre le mur.<\/p>\n<p>Je l\u2019ai prise.<\/p>\n<p>Je l\u2019ai frapp\u00e9.<\/p>\n<p>Claire baissa lentement la lettre.<\/p>\n<p>Henri avait le visage ferm\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Tu savais \u00e7a. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Depuis dix ans. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<p>Claire continua malgr\u00e9 le tremblement de ses doigts.<\/p>\n<p>Antoine est tomb\u00e9.<\/p>\n<p>Il ne r\u00e9pondait plus.<\/p>\n<p>Il y avait du sang derri\u00e8re sa t\u00eate.<\/p>\n<p>Je me suis agenouill\u00e9e pr\u00e8s de lui, mais Paul m\u2019a tir\u00e9e en arri\u00e8re. Il m\u2019a dit qu\u2019Antoine \u00e9tait mort.<\/p>\n<p>J\u2019ai voulu appeler la police.<\/p>\n<p>Paul m\u2019a dit que si je le faisais, tu irais en prison avec moi \u00e0 cause de la voiture. Il m\u2019a dit que Claire grandirait avec une m\u00e8re accus\u00e9e d\u2019homicide et un p\u00e8re complice de falsification de preuves.<\/p>\n<p>J\u2019\u00e9tais terrifi\u00e9e.<\/p>\n<p>Claire sentit ses yeux br\u00fbler.<\/p>\n<p>La lettre continuait sur plusieurs pages.<\/p>\n<p>Anne racontait que Paul l\u2019avait conduite jusqu\u2019\u00e0 sa voiture et lui avait ordonn\u00e9 de rentrer chez elle. Il lui avait promis de s\u2019occuper du corps et de faire dispara\u00eetre toute trace de la confrontation.<\/p>\n<p>Henri entra dans la chambre peu apr\u00e8s mon retour. Je t\u2019ai menti. Je t\u2019ai dit que j\u2019avais vu ma s\u0153ur.<\/p>\n<p>Je t\u2019ai laiss\u00e9 dormir pr\u00e8s de moi alors que je croyais avoir tu\u00e9 un homme.<\/p>\n<p>Claire posa une main contre sa bouche.<\/p>\n<p>Elle se souvenait de sa m\u00e8re comme d\u2019une femme douce, prudente, incapable de regarder un animal bless\u00e9 au bord d\u2019une route sans s\u2019arr\u00eater.<\/p>\n<p>Imaginer cette m\u00eame femme avec une barre de fer lui semblait impossible.<\/p>\n<p>La derni\u00e8re page \u00e9tait plus r\u00e9cente que les autres. L\u2019\u00e9criture avait chang\u00e9. Anne l\u2019avait probablement ajout\u00e9e des ann\u00e9es plus tard.<\/p>\n<p>Je ne sais toujours pas si Antoine \u00e9tait le p\u00e8re biologique de Claire.<\/p>\n<p>Je sais seulement qu\u2019Henri est son p\u00e8re dans tous les jours qui ont compt\u00e9.<\/p>\n<p>Je ne veux pas que ma fille h\u00e9rite de ma peur.<\/p>\n<p>Si elle apprend un jour ce qui s\u2019est pass\u00e9, dis-lui que j\u2019ai aim\u00e9 Antoine autrefois, que j\u2019ai aim\u00e9 Henri autrement, et que ces deux v\u00e9rit\u00e9s ont pu exister en m\u00eame temps.<\/p>\n<p>Puis venait une phrase isol\u00e9e.<\/p>\n<p>Si Claire apprend un jour la v\u00e9rit\u00e9, dis-lui que j\u2019ai tu\u00e9 son p\u00e8re.<\/p>\n<p>Claire ne put continuer.<\/p>\n<p>Elle posa la lettre sur le lit.<\/p>\n<p>Henri s\u2019approcha mais ne la toucha pas.<\/p>\n<p>\u00ab Quand tu as trouv\u00e9 \u00e7a, pourquoi tu n\u2019es pas all\u00e9 voir la police ? \u00bb<\/p>\n<p>Sa voix \u00e9tait rauque.<\/p>\n<p>\u00ab Parce qu\u2019Anne \u00e9tait morte. Antoine aussi, pensais-je. Et je savais qu\u2019une enqu\u00eate d\u00e9truirait ce qu\u2019il restait. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Toujours la m\u00eame r\u00e9ponse. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<p>Claire essuya rapidement ses joues.<\/p>\n<p>\u00ab Et le mur ? \u00bb<\/p>\n<p>Henri regarda vers la fen\u00eatre.<\/p>\n<p>\u00ab Apr\u00e8s avoir lu cette lettre, j\u2019ai compris pourquoi ta m\u00e8re d\u00e9testait tellement l\u2019ancien mur. Elle croyait que le corps d\u2019Antoine pouvait \u00eatre quelque part derri\u00e8re. Peut-\u00eatre qu\u2019elle avait vu Paul creuser. Elle ne me l\u2019a jamais dit. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu l\u2019as d\u00e9truit pour elle. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<p>Claire pensa \u00e0 cette ironie atroce : Henri avait d\u00e9truit un mur pour soulager Anne, puis l\u2019avait reconstruit des d\u00e9cennies plus tard dans l\u2019espoir d\u2019emp\u00eacher le pass\u00e9 de remonter.<\/p>\n<p>Son t\u00e9l\u00e9phone sonna.<\/p>\n<p>Lef\u00e8vre.<\/p>\n<p>\u00ab Nous avons retrouv\u00e9 la voiture de Paul Valette \u00bb, dit-il.<\/p>\n<p>Claire se leva.<\/p>\n<p>\u00ab O\u00f9 ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pr\u00e8s de l\u2019ancienne maison foresti\u00e8re, au-dessus de la carri\u00e8re. La voiture est vide. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et Paul ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pas encore. Mais nous avons autre chose. Le laboratoire vient de regarder le fragment m\u00e9tallique trouv\u00e9 avec le squelette. \u00bb<\/p>\n<p>Claire sentit Henri se rapprocher.<\/p>\n<p>\u00ab C\u2019est une balle ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<p>Claire ferma les yeux.<\/p>\n<p>\u00ab Donc maman ne l\u2019a peut-\u00eatre pas tu\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ne tirez aucune conclusion trop vite. Nous devons d\u00e9terminer la trajectoire, le calibre et si le projectile a \u00e9t\u00e9 tir\u00e9 avant ou apr\u00e8s la fracture du cr\u00e2ne. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Apr\u00e8s ? Vous pouvez savoir \u00e7a ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Dans certains cas, oui. Il reste suffisamment d\u2019\u00e9l\u00e9ments autour de la zone touch\u00e9e pour tenter de comprendre. \u00bb<\/p>\n<p>Henri demanda :<\/p>\n<p>\u00ab O\u00f9 est la balle ? \u00bb<\/p>\n<p>Claire r\u00e9p\u00e9ta la question.<\/p>\n<p>Lef\u00e8vre r\u00e9pondit :<\/p>\n<p>\u00ab Elle \u00e9tait log\u00e9e pr\u00e8s de la colonne cervicale. \u00c0 premi\u00e8re vue, le tir serait venu de l\u2019arri\u00e8re. \u00bb<\/p>\n<p>Claire regarda la lettre.<\/p>\n<p>Anne avait frapp\u00e9 Antoine de face.<\/p>\n<p>\u00ab Paul avait une arme ? \u00bb<\/p>\n<p>Henri r\u00e9pondit avant Lef\u00e8vre.<\/p>\n<p>\u00ab Un revolver. Toujours le m\u00eame. \u00bb<\/p>\n<p>Lef\u00e8vre entendit.<\/p>\n<p>\u00ab Nous cherchons maintenant ce mod\u00e8le dans les anciens dossiers de permis. \u00bb<\/p>\n<p>Apr\u00e8s l\u2019appel, Claire resta quelques secondes silencieuse.<\/p>\n<p>\u00ab Maman a cru toute sa vie qu\u2019elle l\u2019avait tu\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Henri acquies\u00e7a.<\/p>\n<p>\u00ab Paul le lui a fait croire. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Peut-\u00eatre. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pourquoi lui dire qu\u2019Antoine \u00e9tait mort si ce n\u2019\u00e9tait pas vrai ? \u00bb<\/p>\n<p>Henri n\u2019avait pas de r\u00e9ponse.<\/p>\n<p>Claire reprit la lettre.<\/p>\n<p>Cette fois, elle examina chaque page plus attentivement.<\/p>\n<p>Un d\u00e9tail lui \u00e9chappa d\u2019abord.<\/p>\n<p>Puis elle vit une petite phrase \u00e9crite tout en bas de la deuxi\u00e8me feuille, presque dans la marge.<\/p>\n<p>Paul avait du sang sur sa manche quand il est revenu vers moi apr\u00e8s \u00eatre retourn\u00e9 voir Antoine.<\/p>\n<p>Claire relut.<\/p>\n<p>Henri s\u2019approcha.<\/p>\n<p>\u00ab Anne ne l\u2019a jamais expliqu\u00e9 ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non. \u00bb<\/p>\n<p>Un bruit retentit dehors.<\/p>\n<p>Pas un moteur.<\/p>\n<p>Quelque chose venait de frapper la porte de la cuisine.<\/p>\n<p>Henri descendit imm\u00e9diatement.<\/p>\n<p>Claire le suivit.<\/p>\n<p>Une enveloppe blanche avait \u00e9t\u00e9 gliss\u00e9e sous la porte.<\/p>\n<p>Henri regarda par la fen\u00eatre.<\/p>\n<p>Le chemin \u00e9tait vide.<\/p>\n<p>Claire enfila des gants de cuisine avant de toucher l\u2019enveloppe.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019int\u00e9rieur se trouvait une photographie r\u00e9cente.<\/p>\n<p>Paul Valette.<\/p>\n<p>Assis sur une chaise dans ce qui ressemblait \u00e0 une cabane.<\/p>\n<p>Il tenait un journal du jour.<\/p>\n<p>Sur sa poitrine, une feuille portait un message \u00e9crit au marqueur :<\/p>\n<p>JE PARLERAI \u00c0 CLAIRE. \u00c0 ELLE SEULE.<\/p>\n<p>Au verso figurait une s\u00e9rie de coordonn\u00e9es et une heure.<\/p>\n<p>06 H 30.<\/p>\n<p>Henri secoua imm\u00e9diatement la t\u00eate.<\/p>\n<p>\u00ab Non. \u00bb<\/p>\n<p>Claire regarda l\u2019horloge.<\/p>\n<p>Il \u00e9tait presque une heure du matin.<\/p>\n<p>\u00ab Cette fois, on appelle Lef\u00e8vre avant de faire quoi que ce soit. \u00bb<\/p>\n<p>Henri sembla surpris.<\/p>\n<p>\u00ab Tu vas quand m\u00eame y aller ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il peut vouloir te tuer. \u00bb<\/p>\n<p>Claire replia la photo.<\/p>\n<p>\u00ab Ou il sait que la police est sur le point de comprendre et il veut contr\u00f4ler une derni\u00e8re fois l\u2019histoire. \u00bb<\/p>\n<p>Henri posa ses mains sur le dossier d\u2019une chaise.<\/p>\n<p>\u00ab Claire, si Anne a frapp\u00e9 Antoine et que Paul l\u2019a ensuite abattu\u2026 \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Alors maman n\u2019a pas tu\u00e9 Antoine. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Elle a quand m\u00eame cru l\u2019avoir fait. \u00bb<\/p>\n<p>Claire regarda la lettre pos\u00e9e devant elle.<\/p>\n<p>\u00ab Et quelqu\u2019un s\u2019est assur\u00e9 qu\u2019elle continue \u00e0 le croire jusqu\u2019\u00e0 sa mort. \u00bb<\/p>\n<p>\u00c0 six heures dix, Lef\u00e8vre positionna deux \u00e9quipes dans les bois autour des coordonn\u00e9es indiqu\u00e9es. Claire re\u00e7ut un petit dispositif d\u2019enregistrement et des instructions pr\u00e9cises. Elle devait rester dehors, ne franchir aucune porte sans visibilit\u00e9 et s\u2019\u00e9loigner au premier signe d\u2019arme.<\/p>\n<p>Henri resta avec les gendarmes.<\/p>\n<p>\u00ab Je d\u00e9teste \u00e7a \u00bb, lui dit-il.<\/p>\n<p>\u00ab Moi aussi. \u00bb<\/p>\n<p>Il la regarda longtemps.<\/p>\n<p>\u00ab Quoi qu\u2019il dise sur Antoine\u2026 \u00e7a ne changera rien pour moi. \u00bb<\/p>\n<p>Claire sentit quelque chose se desserrer en elle.<\/p>\n<p>\u00ab Je sais. \u00bb<\/p>\n<p>Pour la premi\u00e8re fois depuis le d\u00e9but de cette histoire, elle le pensait r\u00e9ellement.<\/p>\n<p>\u00c0 six heures vingt-neuf, Claire atteignit la petite maison foresti\u00e8re.<\/p>\n<p>La porte \u00e9tait entrouverte.<\/p>\n<p>\u00ab Paul ? \u00bb<\/p>\n<p>Une voix faible r\u00e9pondit :<\/p>\n<p>\u00ab Entre. \u00bb<\/p>\n<p>Claire resta sur le seuil.<\/p>\n<p>\u00ab Sortez. \u00bb<\/p>\n<p>Un silence.<\/p>\n<p>Puis Paul Valette apparut.<\/p>\n<p>Il \u00e9tait beaucoup plus vieux qu\u2019elle ne l\u2019avait imagin\u00e9, amaigri, appuy\u00e9 sur une canne. Pourtant, ses yeux restaient remarquablement vifs.<\/p>\n<p>\u00ab Tu es prudente. Henri t\u2019a bien \u00e9lev\u00e9e. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pourquoi avez-vous fait croire \u00e0 ma m\u00e8re qu\u2019elle avait tu\u00e9 Antoine ? \u00bb<\/p>\n<p>Paul sourit \u00e0 peine.<\/p>\n<p>\u00ab Tu ne perds vraiment pas de temps. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab R\u00e9pondez. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Anne a frapp\u00e9 Antoine. C\u2019est vrai. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Mais il \u00e9tait encore vivant. \u00bb<\/p>\n<p>Paul ne r\u00e9pondit pas.<\/p>\n<p>Claire fit un pas.<\/p>\n<p>\u00ab Vous l\u2019avez su imm\u00e9diatement. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il respirait. \u00bb<\/p>\n<p>La r\u00e9ponse fut presque tranquille.<\/p>\n<p>Claire sentit son c\u0153ur acc\u00e9l\u00e9rer.<\/p>\n<p>\u00ab Et maman ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Elle paniquait. Je lui ai dit ce qu\u2019elle avait besoin d\u2019entendre pour partir. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Qu\u2019il \u00e9tait mort. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<p>Claire serra les m\u00e2choires.<\/p>\n<p>\u00ab Ensuite ? \u00bb<\/p>\n<p>Paul regarda les arbres derri\u00e8re elle.<\/p>\n<p>\u00ab Ensuite Antoine s\u2019est r\u00e9veill\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>M\u00eame si Claire s\u2019y attendait, entendre les mots prononc\u00e9s par Paul produisit une violence particuli\u00e8re.<\/p>\n<p>\u00ab Il vous a menac\u00e9 de nouveau ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il m\u2019a dit qu\u2019il avait envoy\u00e9 des copies des registres. Il refusait de me dire o\u00f9. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et vous l\u2019avez abattu. \u00bb<\/p>\n<p>Paul leva les yeux vers elle.<\/p>\n<p>\u00ab C\u2019est ce que tu veux entendre ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je veux ce qui s\u2019est r\u00e9ellement pass\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Le vieil homme sourit faiblement.<\/p>\n<p>\u00ab La r\u00e9alit\u00e9 est toujours plus compliqu\u00e9e que les aveux qu\u2019on voudrait obtenir. \u00bb<\/p>\n<p>Claire vit alors sa main droite glisser derri\u00e8re le montant de la porte.<\/p>\n<p>Elle recula.<\/p>\n<p>\u00ab Montrez vos mains. \u00bb<\/p>\n<p>Paul s\u2019arr\u00eata.<\/p>\n<p>Puis il sortit lentement quelque chose.<\/p>\n<p>Pas une arme.<\/p>\n<p>Une seconde cassette.<\/p>\n<p>Il la tendit vers Claire.<\/p>\n<p>\u00ab Antoine a enregistr\u00e9 notre derni\u00e8re conversation. \u00bb<\/p>\n<p>Claire ne bougea pas.<\/p>\n<p>\u00ab Comment l\u2019avez-vous eue ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Parce que je l\u2019ai trouv\u00e9e sur lui apr\u00e8s sa mort. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et vous l\u2019avez gard\u00e9e trente-huit ans ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pour me rappeler pourquoi je n\u2019aurais jamais d\u00fb lui faire confiance. \u00bb<\/p>\n<p>Claire prit la cassette.<\/p>\n<p>Une \u00e9tiquette \u00e9tait coll\u00e9e dessus.<\/p>\n<p>27 OCTOBRE 1988.<\/p>\n<p>Paul la regarda droit dans les yeux.<\/p>\n<p>\u00ab \u00c9coute-la avant de d\u00e9cider qui a tu\u00e9 ton p\u00e8re. Parce qu\u2019Anne l\u2019a frapp\u00e9, moi je l\u2019ai enterr\u00e9\u2026 mais ce n\u2019est ni elle ni moi qui ai tir\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>END PART 8<\/p>\n<p>PART 9 TITLE: La derni\u00e8re cassette d\u2019Antoine r\u00e9v\u00e8le pourquoi Marcel a gard\u00e9 le silence et qui tenait r\u00e9ellement l\u2019arme au moment du tir<\/p>\n<p>Claire regarda la cassette pos\u00e9e dans sa paume. Le plastique transparent \u00e9tait ray\u00e9, jauni sur les bords. Quelqu\u2019un avait inscrit la date au stylo noir avec une \u00e9criture serr\u00e9e : 27 OCTOBRE 1988. Derri\u00e8re elle, dans les arbres, elle savait que Lef\u00e8vre et ses hommes entendaient chaque mot gr\u00e2ce au microphone dissimul\u00e9 sous sa veste.<\/p>\n<p>\u00ab Qui a tir\u00e9 ? \u00bb demanda-t-elle.<\/p>\n<p>Paul s\u2019appuya davantage sur sa canne.<\/p>\n<p>\u00ab \u00c9coute d\u2019abord. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non. Vous avez pass\u00e9 trente-huit ans \u00e0 choisir ce que les autres avaient le droit de savoir. Cette fois, vous r\u00e9pondez. \u00bb<\/p>\n<p>Le vieil homme la consid\u00e9ra longuement. Son visage, sillonn\u00e9 de rides profondes, ne trahissait ni panique ni v\u00e9ritable remords. Seulement une fatigue immense.<\/p>\n<p>\u00ab Marcel \u00e9tait l\u00e0 \u00bb, dit-il enfin.<\/p>\n<p>Claire sentit son estomac se contracter.<\/p>\n<p>\u00ab Quand Antoine est mort ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<p>Un mouvement presque imperceptible se produisit dans les broussailles \u00e0 sa gauche. Les gendarmes se rapprochaient.<\/p>\n<p>Paul le remarqua lui aussi.<\/p>\n<p>\u00ab Tu n\u2019es pas venue seule. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Vous vous attendiez vraiment au contraire ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab J\u2019esp\u00e9rais encore pouvoir parler \u00e0 quelqu\u2019un sans avoir un uniforme derri\u00e8re chaque arbre. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Vous avez fait enlever Marcel. Vous avez envoy\u00e9 S\u00e9bastien r\u00e9cup\u00e9rer des preuves. Vous avez cach\u00e9 un corps. Vous avez manipul\u00e9 ma m\u00e8re pendant des d\u00e9cennies. Ce n\u2019est plus vous qui fixez les conditions. \u00bb<\/p>\n<p>Paul regarda la cassette.<\/p>\n<p>\u00ab Alors \u00e9coute-la avec eux. \u00bb<\/p>\n<p>Il posa lentement sa canne au sol, leva les mains et fit deux pas hors de la maison foresti\u00e8re.<\/p>\n<p>Lef\u00e8vre apparut presque aussit\u00f4t.<\/p>\n<p>Deux gendarmes s\u2019approch\u00e8rent de Paul, le fouill\u00e8rent et lui pass\u00e8rent des menottes sans r\u00e9sistance. Le vieil homme ne protesta pas. Il regarda seulement Claire tandis qu\u2019on l\u2019installait sur une chaise pliante \u00e0 quelques m\u00e8tres de la cabane.<\/p>\n<p>\u00ab Il y a un lecteur \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur \u00bb, dit-il. \u00ab Sur l\u2019\u00e9tag\u00e8re. Il fonctionne encore. \u00bb<\/p>\n<p>Lef\u00e8vre regarda Claire.<\/p>\n<p>\u00ab Vous n\u2019\u00eates pas oblig\u00e9e d\u2019\u00e9couter maintenant. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Si. \u00bb<\/p>\n<p>Le lecteur \u00e9tait un petit magn\u00e9tophone \u00e0 piles. Lef\u00e8vre photographia la cassette avant qu\u2019un technicien ne l\u2019ins\u00e8re avec des gants. Tout le monde se regroupa sous l\u2019auvent de la maison foresti\u00e8re.<\/p>\n<p>Le premier son fut un souffle continu.<\/p>\n<p>Puis la voix d\u2019Antoine.<\/p>\n<p>Claire la reconnut gr\u00e2ce au premier enregistrement. Elle paraissait faible, entrecoup\u00e9e d\u2019une respiration irr\u00e9guli\u00e8re.<\/p>\n<p>\u00ab Vingt-sept octobre. Il doit \u00eatre un peu plus de neuf heures du soir. Si quelqu\u2019un trouve cette bande, Paul sait ce qu\u2019il a fait avec les actes, les parcelles et l\u2019argent de la carri\u00e8re. Les copies ne sont plus ici. \u00bb<\/p>\n<p>Une voix plus \u00e9loign\u00e9e r\u00e9pondit.<\/p>\n<p>Paul.<\/p>\n<p>\u00ab Arr\u00eate cette com\u00e9die. \u00bb<\/p>\n<p>Antoine eut un rire sans force.<\/p>\n<p>\u00ab Tu as peur d\u2019une cassette maintenant ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Donne-moi les copies. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Trop tard. \u00bb<\/p>\n<p>Un bruit de chaise raclant le sol.<\/p>\n<p>Puis Antoine reprit :<\/p>\n<p>\u00ab Tu as fait croire \u00e0 Anne qu\u2019elle m\u2019avait tu\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Claire sentit sa poitrine se serrer.<\/p>\n<p>Paul r\u00e9pondit :<\/p>\n<p>\u00ab Elle t\u2019a frapp\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et je suis vivant. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pour l\u2019instant. \u00bb<\/p>\n<p>Lef\u00e8vre tourna imm\u00e9diatement la t\u00eate vers Paul assis dehors.<\/p>\n<p>Celui-ci ne bougea pas.<\/p>\n<p>Sur la bande, Antoine parlait encore.<\/p>\n<p>\u00ab Tu vas la laisser vivre avec \u00e7a ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Anne a d\u2019autres probl\u00e8mes. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu parles du b\u00e9b\u00e9 ? \u00bb<\/p>\n<p>Paul ne r\u00e9pondit pas.<\/p>\n<p>\u00ab Tu ne sais m\u00eame pas si c\u2019est le mien \u00bb, poursuivit Antoine. \u00ab Moi non plus. Mais tu t\u2019en sers d\u00e9j\u00e0 contre tout le monde. \u00bb<\/p>\n<p>Claire ferma les yeux une seconde.<\/p>\n<p>M\u00eame trente-huit ans plus t\u00f4t, Paul avait compris la valeur d\u2019une incertitude.<\/p>\n<p>Une porte claqua sur l\u2019enregistrement.<\/p>\n<p>Quelqu\u2019un venait d\u2019entrer.<\/p>\n<p>Antoine dit :<\/p>\n<p>\u00ab Qu\u2019est-ce que tu fais ici ? \u00bb<\/p>\n<p>Une troisi\u00e8me voix r\u00e9pondit.<\/p>\n<p>Claire la reconnut imm\u00e9diatement.<\/p>\n<p>Marcel.<\/p>\n<p>\u00ab Je viens te sortir de l\u00e0. \u00bb<\/p>\n<p>\u00c0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019elle, Lef\u00e8vre inspira lentement.<\/p>\n<p>La bande continuait.<\/p>\n<p>Marcel semblait essouffl\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Henri pense que tu es parti. Anne aussi. Personne ne sait que Paul te garde ici. \u00bb<\/p>\n<p>Antoine r\u00e9pondit :<\/p>\n<p>\u00ab Il faut pr\u00e9venir l\u2019avocat. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu peux le faire toi-m\u00eame quand on sera dehors. \u00bb<\/p>\n<p>Paul intervint.<\/p>\n<p>\u00ab Marcel, rentre chez toi. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu n\u2019as aucune id\u00e9e de ce qui se passe. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab J\u2019en sais assez. \u00bb<\/p>\n<p>Des pas. Un choc contre un meuble.<\/p>\n<p>Puis Paul :<\/p>\n<p>\u00ab \u00c9carte-toi. \u00bb<\/p>\n<p>Marcel :<\/p>\n<p>\u00ab Pose \u00e7a. \u00bb<\/p>\n<p>Claire fixa le magn\u00e9tophone.<\/p>\n<p>L\u2019arme.<\/p>\n<p>Antoine parla rapidement.<\/p>\n<p>\u00ab Marcel, ne fais pas l\u2019idiot. \u00bb<\/p>\n<p>Paul :<\/p>\n<p>\u00ab C\u2019est toi qui vas faire un pas en arri\u00e8re. \u00bb<\/p>\n<p>Un long silence, seulement interrompu par le souffle de la bande.<\/p>\n<p>Puis Marcel dit :<\/p>\n<p>\u00ab Donne-moi le revolver. \u00bb<\/p>\n<p>Paul eut un rire bref.<\/p>\n<p>\u00ab Tu crois que je vais te le donner ? \u00bb<\/p>\n<p>Un bruit brutal \u00e9clata.<\/p>\n<p>Des objets tomb\u00e8rent.<\/p>\n<p>Antoine cria quelque chose d\u2019incompr\u00e9hensible.<\/p>\n<p>Puis un coup de feu.<\/p>\n<p>Claire sursauta malgr\u00e9 elle.<\/p>\n<p>Sur la cassette, plusieurs secondes pass\u00e8rent sans parole.<\/p>\n<p>Marcel murmura :<\/p>\n<p>\u00ab Antoine ? \u00bb<\/p>\n<p>Aucune r\u00e9ponse.<\/p>\n<p>\u00ab Antoine ! \u00bb<\/p>\n<p>Des pas pr\u00e9cipit\u00e9s.<\/p>\n<p>Puis Marcel, beaucoup plus fort :<\/p>\n<p>\u00ab Qu\u2019est-ce que tu as fait ? \u00bb<\/p>\n<p>Paul r\u00e9pondit :<\/p>\n<p>\u00ab Moi ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu lui as tir\u00e9 dessus ! \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Regarde l\u2019arme. \u00bb<\/p>\n<p>Un silence.<\/p>\n<p>Marcel recommen\u00e7a, mais sa voix s\u2019\u00e9tait bris\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00ab Non. \u00bb<\/p>\n<p>Paul :<\/p>\n<p>\u00ab Elle est dans ta main. \u00bb<\/p>\n<p>Claire sentit son sang se refroidir.<\/p>\n<p>Marcel pleurait sur l\u2019enregistrement.<\/p>\n<p>\u00ab Je voulais te l\u2019arracher. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et tu as tir\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non. Non, c\u2019est parti quand tu\u2014 \u00bb<\/p>\n<p>Paul coupa :<\/p>\n<p>\u00ab Tu as le revolver. Tu as tes empreintes dessus. Tu as d\u00e9j\u00e0 aid\u00e9 Henri \u00e0 d\u00e9placer la voiture. Explique donc tout \u00e7a \u00e0 la police. \u00bb<\/p>\n<p>Antoine \u00e9mit alors un son.<\/p>\n<p>Faible.<\/p>\n<p>Une sorte de g\u00e9missement.<\/p>\n<p>Claire se pencha vers le lecteur.<\/p>\n<p>Marcel cria :<\/p>\n<p>\u00ab Il est vivant ! Appelle une ambulance ! \u00bb<\/p>\n<p>Paul r\u00e9pondit :<\/p>\n<p>\u00ab Donne-moi l\u2019arme. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Appelle une ambulance ! \u00bb<\/p>\n<p>Un second choc.<\/p>\n<p>Puis la voix d\u2019Antoine, difficilement audible :<\/p>\n<p>\u00ab Marcel\u2026 \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je suis l\u00e0. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Les copies\u2026 \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ne parle pas. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Dans\u2026 le bureau\u2026 cl\u00e9\u2026 \u00bb<\/p>\n<p>Un long souffle.<\/p>\n<p>Ensuite plus rien.<\/p>\n<p>Marcel r\u00e9p\u00e9ta son nom plusieurs fois.<\/p>\n<p>Paul parla enfin.<\/p>\n<p>\u00ab Il est mort. \u00bb<\/p>\n<p>Le magn\u00e9tophone continua encore presque une minute. On entendait Marcel respirer, d\u00e9placer quelque chose, puis demander :<\/p>\n<p>\u00ab Qu\u2019est-ce qu\u2019on va faire ? \u00bb<\/p>\n<p>Paul r\u00e9pondit d\u2019une voix calme :<\/p>\n<p>\u00ab Ce que nous aurions d\u00fb faire d\u00e8s le d\u00e9but. \u00bb<\/p>\n<p>La bande s\u2019interrompit.<\/p>\n<p>Personne ne parla.<\/p>\n<p>Claire regarda Paul.<\/p>\n<p>\u00ab Vous teniez l\u2019arme. \u00bb<\/p>\n<p>Il secoua la t\u00eate.<\/p>\n<p>\u00ab Marcel et moi la tenions ensemble quand elle a tir\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Lef\u00e8vre sortit de sous l\u2019auvent.<\/p>\n<p>\u00ab Ce n\u2019est pas ce qu\u2019on entend. \u00bb<\/p>\n<p>Paul eut un sourire sans joie.<\/p>\n<p>\u00ab Une bande audio ne vous montrera pas la position de nos mains. \u00bb<\/p>\n<p>Claire descendit les deux marches.<\/p>\n<p>\u00ab Mais vous l\u2019avez fait croire \u00e0 Marcel. Comme vous avez fait croire \u00e0 ma m\u00e8re qu\u2019elle l\u2019avait tu\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Paul la regarda.<\/p>\n<p>\u00ab Marcel avait le revolver apr\u00e8s le tir. C\u2019est un fait. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Parce qu\u2019il essayait de vous le prendre. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Peut-\u00eatre. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et ensuite vous avez cach\u00e9 le corps. \u00bb<\/p>\n<p>Paul ne nia pas.<\/p>\n<p>\u00ab Marcel m\u2019a aid\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Claire resta immobile.<\/p>\n<p>Cette phrase faisait enfin entrer toutes les pi\u00e8ces dans la m\u00eame forme.<\/p>\n<p>Le remblai.<\/p>\n<p>Le vieux mur.<\/p>\n<p>Marcel qui pr\u00e9tendait avoir simplement travaill\u00e9 pour Paul.<\/p>\n<p>Son silence pendant trente-huit ans.<\/p>\n<p>La phrase du carnet : Marcel a tout vu.<\/p>\n<p>\u00ab Il ne vous aidait pas seulement \u00e0 reconstruire le mur \u00bb, dit Claire. \u00ab Il vous aidait \u00e0 enterrer Antoine. \u00bb<\/p>\n<p>Paul acquies\u00e7a.<\/p>\n<p>\u00ab Il \u00e9tait convaincu qu\u2019il avait tir\u00e9. Je n\u2019ai jamais eu besoin de le menacer beaucoup apr\u00e8s \u00e7a. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Vous l\u2019avez laiss\u00e9 croire qu\u2019il \u00e9tait un meurtrier. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il avait sa main sur l\u2019arme. \u00bb<\/p>\n<p>Claire fit un pas vers lui.<\/p>\n<p>\u00ab Vous avez utilis\u00e9 la culpabilit\u00e9 de trois personnes pour prot\u00e9ger vos fraudes. Maman croyait avoir tu\u00e9 Antoine avec la barre. Marcel croyait l\u2019avoir tu\u00e9 avec le revolver. Henri croyait avoir particip\u00e9 \u00e0 la disparition en d\u00e9pla\u00e7ant la voiture. Et pendant tout ce temps, vous seul connaissiez l\u2019ensemble de l\u2019histoire. \u00bb<\/p>\n<p>Paul ne r\u00e9pondit pas.<\/p>\n<p>Lef\u00e8vre demanda :<\/p>\n<p>\u00ab Qui a fabriqu\u00e9 le faux rapport ADN ? \u00bb<\/p>\n<p>Pour la premi\u00e8re fois, Paul baissa les yeux.<\/p>\n<p>Claire sentit imm\u00e9diatement la r\u00e9ponse.<\/p>\n<p>\u00ab Vous. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pas directement. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Vous l\u2019avez fait fabriquer. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab J\u2019avais besoin que tu t\u2019int\u00e9resses personnellement \u00e0 Antoine. \u00bb<\/p>\n<p>Claire resta stup\u00e9faite malgr\u00e9 tout ce qu\u2019elle savait d\u00e9j\u00e0.<\/p>\n<p>\u00ab Vous m\u2019avez fait croire qu\u2019il \u00e9tait mon p\u00e8re pour que je cherche les preuves \u00e0 votre place. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Marcel refusait de me dire o\u00f9 se trouvait la cl\u00e9. Henri reconstruisait son mur comme un fou. Laurent fouillait dans mes affaires. Tout le monde devenait incontr\u00f4lable. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Alors vous m\u2019avez utilis\u00e9e. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu \u00e9tais la seule personne capable de faire parler Henri et Marcel. \u00bb<\/p>\n<p>Claire eut soudain envie de le frapper.<\/p>\n<p>Elle serra les poings.<\/p>\n<p>\u00ab Et S\u00e9bastien ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il devait r\u00e9cup\u00e9rer les documents, pas blesser qui que ce soit. \u00bb<\/p>\n<p>Lef\u00e8vre intervint froidement.<\/p>\n<p>\u00ab Vous expliquerez cela en garde \u00e0 vue. \u00bb<\/p>\n<p>Paul eut un rire \u00e9puis\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab \u00c0 mon \u00e2ge, vous pouvez appeler l\u2019endroit comme vous voulez. \u00bb<\/p>\n<p>Deux gendarmes le relev\u00e8rent.<\/p>\n<p>Avant qu\u2019ils ne l\u2019emm\u00e8nent, Claire posa la question qui lui importait encore.<\/p>\n<p>\u00ab Antoine \u00e9tait-il mon p\u00e8re ? \u00bb<\/p>\n<p>Paul s\u2019arr\u00eata.<\/p>\n<p>\u00ab Je ne sais pas. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Vous avez vu ma m\u00e8re enceinte. Vous connaissiez Antoine. Vous avez tout surveill\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et malgr\u00e9 \u00e7a, je ne sais pas. Anne non plus ne savait pas. Henri non plus. Antoine esp\u00e9rait parfois que oui et parfois que non. \u00bb<\/p>\n<p>Claire regarda le faux test dans sa m\u00e9moire, ce chiffre pr\u00e9cis de 99,87 % invent\u00e9 pour produire une certitude l\u00e0 o\u00f9 personne n\u2019en avait jamais poss\u00e9d\u00e9.<\/p>\n<p>Paul ajouta :<\/p>\n<p>\u00ab Mais maintenant, tu as son corps. Si tu veux vraiment la r\u00e9ponse, tu peux l\u2019obtenir. \u00bb<\/p>\n<p>Puis les gendarmes l\u2019emmen\u00e8rent.<\/p>\n<p>Claire resta sous les arbres alors que la voiture disparaissait sur le chemin.<\/p>\n<p>Lef\u00e8vre s\u2019approcha.<\/p>\n<p>\u00ab Nous devons interroger Marcel de nouveau. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il ne vous a jamais dit qu\u2019il \u00e9tait pr\u00e9sent au moment du tir. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il vous dira qu\u2019il pensait l\u2019avoir tu\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Probablement. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Est-ce qu\u2019il l\u2019a tu\u00e9 ? \u00bb<\/p>\n<p>Lef\u00e8vre prit son temps.<\/p>\n<p>\u00ab Ce n\u2019est pas \u00e0 moi de conclure avant les expertises. Mais la cassette montre une lutte autour d\u2019une arme. Il faudra comparer le projectile, l\u2019angle du tir, l\u2019ancien permis de Paul et tout ce qui peut encore \u00eatre \u00e9tabli. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Marcel a pass\u00e9 sa vie \u00e0 penser que la balle venait de lui. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<p>Claire regarda la maison foresti\u00e8re.<\/p>\n<p>\u00ab Et Paul avait besoin qu\u2019il continue \u00e0 le croire. \u00bb<\/p>\n<p>Lorsqu\u2019elle revint \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9, Henri l\u2019attendait devant le mur partiellement d\u00e9mont\u00e9. Marcel n\u2019\u00e9tait plus l\u00e0. Les gendarmes l\u2019avaient conduit directement \u00e0 la brigade.<\/p>\n<p>Claire raconta l\u2019essentiel.<\/p>\n<p>Henri \u00e9couta sans l\u2019interrompre.<\/p>\n<p>Quand elle parla du coup de feu, son visage se contracta.<\/p>\n<p>\u00ab Marcel\u2026 \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il essayait de d\u00e9sarmer Paul. \u00bb<\/p>\n<p>Henri regarda la terre remu\u00e9e pr\u00e8s du ch\u00eane.<\/p>\n<p>\u00ab Il m\u2019a aid\u00e9 \u00e0 d\u00e9placer la voiture. Puis il a aid\u00e9 Paul \u00e0 enterrer Antoine. Et aucun de nous n\u2019a jamais compris ce que l\u2019autre savait r\u00e9ellement. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C\u2019\u00e9tait exactement ce que Paul voulait. \u00bb<\/p>\n<p>Henri hocha lentement la t\u00eate.<\/p>\n<p>Claire sortit la lettre d\u2019Anne qu\u2019elle avait gliss\u00e9e dans son sac.<\/p>\n<p>\u00ab Maman est morte en croyant qu\u2019elle avait tu\u00e9 Antoine. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Marcel a v\u00e9cu en pensant que c\u2019\u00e9tait lui. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et toi, tu as v\u00e9cu en pensant que tu avais souhait\u00e9 sa mort juste avant qu\u2019il disparaisse. \u00bb<\/p>\n<p>Henri ne r\u00e9pondit pas.<\/p>\n<p>Claire contempla le mur.<\/p>\n<p>La terre fra\u00eeche construite par Henri \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 \u00e9ventr\u00e9e sur plusieurs m\u00e8tres. Derri\u00e8re, les fondations plus anciennes apparaissaient comme une seconde cicatrice.<\/p>\n<p>\u00ab Ce mur n\u2019a jamais prot\u00e9g\u00e9 personne \u00bb, dit-elle.<\/p>\n<p>Henri leva les yeux.<\/p>\n<p>\u00ab Non. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il a seulement permis \u00e0 chacun de rester de son c\u00f4t\u00e9 avec une version diff\u00e9rente de la m\u00eame nuit. \u00bb<\/p>\n<p>Henri passa la main sur la surface rugueuse.<\/p>\n<p>\u00ab Alors je vais le finir. \u00bb<\/p>\n<p>Claire fron\u00e7a les sourcils.<\/p>\n<p>\u00ab Le finir ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab De le d\u00e9molir. \u00bb<\/p>\n<p>Le lendemain matin, Lef\u00e8vre appela.<\/p>\n<p>L\u2019expertise pr\u00e9liminaire venait d\u2019apporter un \u00e9l\u00e9ment d\u00e9cisif.<\/p>\n<p>La trajectoire du projectile ne correspondait pas \u00e0 un tir effectu\u00e9 par Marcel depuis la position d\u00e9crite sur la cassette.<\/p>\n<p>La balle \u00e9tait entr\u00e9e par l\u2019arri\u00e8re du cou d\u2019Antoine, selon un angle descendant.<\/p>\n<p>Lef\u00e8vre avait fait r\u00e9\u00e9couter l\u2019enregistrement en isolant les sons.<\/p>\n<p>Juste avant le tir, un bruit distinct apparaissait : Paul avait chut\u00e9 contre un meuble, tandis que Marcel se trouvait face \u00e0 lui.<\/p>\n<p>Antoine, lui, s\u2019\u00e9tait d\u00e9plac\u00e9 derri\u00e8re Paul pour intervenir.<\/p>\n<p>\u00ab Qu\u2019est-ce que \u00e7a signifie ? \u00bb demanda Claire.<\/p>\n<p>\u00ab Que lorsque Marcel a saisi l\u2019arme, Paul tenait encore tr\u00e8s probablement la poign\u00e9e. Le canon \u00e9tait orient\u00e9 derri\u00e8re Paul, vers Antoine. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Donc qui a appuy\u00e9 ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Nous ne pourrons peut-\u00eatre jamais l\u2019\u00e9tablir physiquement. \u00bb<\/p>\n<p>Claire ferma les yeux.<\/p>\n<p>\u00ab Paul savait \u00e7a. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il savait au minimum qu\u2019il ne pouvait pas affirmer honn\u00eatement que Marcel avait tir\u00e9 volontairement. \u00bb<\/p>\n<p>Apr\u00e8s l\u2019appel, Claire alla trouver Henri pr\u00e8s du mur.<\/p>\n<p>Il retirait les pierres une \u00e0 une.<\/p>\n<p>Elle lui raconta.<\/p>\n<p>Henri continua \u00e0 travailler quelques secondes.<\/p>\n<p>Puis il posa la pierre qu\u2019il tenait.<\/p>\n<p>\u00ab Est-ce que \u00e7a suffira \u00e0 Marcel ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je ne sais pas. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Trente-huit ans \u00e0 se croire responsable ne disparaissent pas avec une expertise. \u00bb<\/p>\n<p>Claire pensa \u00e0 sa m\u00e8re.<\/p>\n<p>\u00ab Non. \u00bb<\/p>\n<p>Henri regarda sa fille.<\/p>\n<p>\u00ab Tu vas faire le test ? \u00bb<\/p>\n<p>Elle savait imm\u00e9diatement de quel test il parlait.<\/p>\n<p>Un vrai test.<\/p>\n<p>Son ADN compar\u00e9 aux restes d\u2019Antoine.<\/p>\n<p>Claire observa le verger, le vieux ch\u00eane, la tranch\u00e9e entour\u00e9e de rubans, puis la maison o\u00f9 elle avait grandi.<\/p>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<p>Henri baissa les yeux.<\/p>\n<p>Elle ajouta :<\/p>\n<p>\u00ab Mais pas parce que j\u2019ai besoin de savoir qui est mon p\u00e8re. \u00bb<\/p>\n<p>Il releva la t\u00eate.<\/p>\n<p>\u00ab Je sais d\u00e9j\u00e0 qui m\u2019a \u00e9lev\u00e9e. Je veux seulement savoir quelle \u00e9tait la v\u00e9rit\u00e9 qu\u2019ils ont tous pass\u00e9e leur vie \u00e0 craindre. \u00bb<\/p>\n<p>Henri ne r\u00e9pondit pas.<\/p>\n<p>Claire lui tendit une pierre tomb\u00e9e du mur.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s une seconde d\u2019h\u00e9sitation, il la prit.<\/p>\n<p>END PART 9<\/p>\n<p>PART 10 TITLE: Quand le v\u00e9ritable r\u00e9sultat arrive enfin, Claire d\u00e9couvre que la derni\u00e8re v\u00e9rit\u00e9 n\u2019est pas celle qui d\u00e9cide qui m\u00e9rite le nom de p\u00e8re<\/p>\n<p>Six semaines plus tard, il ne restait presque rien du mur de terre.<\/p>\n<p>Henri avait refus\u00e9 de faire venir une entreprise pour terminer la d\u00e9molition. Chaque matin, il sortait apr\u00e8s son caf\u00e9, prenait sa pelle et retirait quelques pierres. Claire venait souvent l\u2019aider le week-end. Ils travaillaient sans beaucoup parler, mais le silence entre eux n\u2019avait plus la m\u00eame texture. Il ne servait plus \u00e0 cacher quelque chose.<\/p>\n<p>Le corps retrouv\u00e9 sous l\u2019ancien trac\u00e9 avait \u00e9t\u00e9 formellement identifi\u00e9 comme celui d\u2019Antoine Valette gr\u00e2ce aux dossiers dentaires conserv\u00e9s dans les archives d\u2019un cabinet de la r\u00e9gion. Le projectile correspondait au calibre du revolver autrefois d\u00e9clar\u00e9 par Paul. L\u2019arme, elle, n\u2019avait jamais \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9e.<\/p>\n<p>Paul Valette avait fini par reconna\u00eetre avoir dissimul\u00e9 le corps, falsifi\u00e9 des documents fonciers et organis\u00e9 la r\u00e9cup\u00e9ration ill\u00e9gale des preuves plusieurs d\u00e9cennies plus tard. Il continuait toutefois \u00e0 pr\u00e9tendre que le coup de feu \u00e9tait parti pendant la lutte et que personne n\u2019avait volontairement appuy\u00e9 sur la d\u00e9tente.<\/p>\n<p>Les enqu\u00eateurs ne pouvaient pas reconstituer chaque seconde avec une certitude absolue.<\/p>\n<p>Mais ils avaient reconstitu\u00e9 l\u2019essentiel.<\/p>\n<p>Anne avait frapp\u00e9 Antoine avec une barre de m\u00e9tal le vingt-six octobre. La blessure \u00e9tait grave, mais non mortelle. Apr\u00e8s son d\u00e9part, Antoine avait repris connaissance.<\/p>\n<p>Le lendemain, Marcel \u00e9tait revenu pour l\u2019aider \u00e0 quitter la carri\u00e8re.<\/p>\n<p>Paul avait sorti son revolver.<\/p>\n<p>Marcel avait tent\u00e9 de le lui arracher.<\/p>\n<p>Pendant la lutte, Antoine s\u2019\u00e9tait d\u00e9plac\u00e9 derri\u00e8re Paul.<\/p>\n<p>L\u2019arme avait tir\u00e9.<\/p>\n<p>Antoine \u00e9tait mort quelques minutes plus tard.<\/p>\n<p>Paul avait alors convaincu Marcel qu\u2019il \u00e9tait responsable. Il lui avait montr\u00e9 le revolver dans ses mains et rappel\u00e9 qu\u2019il avait d\u00e9j\u00e0 particip\u00e9 au d\u00e9placement de la voiture.<\/p>\n<p>Sous le choc, Marcel avait aid\u00e9 \u00e0 transporter le corps jusqu\u2019au terrain des Morel.<\/p>\n<p>Ils avaient travaill\u00e9 de nuit.<\/p>\n<p>Paul avait choisi l\u2019endroit pr\u00e8s du ch\u00eane parce que le sol y avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 remu\u00e9 apr\u00e8s l\u2019effondrement de l\u2019ancien mur. Quelques jours plus tard, il avait fait apporter davantage de terre et avait pouss\u00e9 Marcel \u00e0 reconstruire une portion de la barri\u00e8re directement au-dessus de la tombe.<\/p>\n<p>Ce geste avait donn\u00e9 au mur une signification que personne, pendant trente-huit ans, n\u2019avait enti\u00e8rement comprise.<\/p>\n<p>Anne pensait qu\u2019il cachait le corps de l\u2019homme qu\u2019elle avait frapp\u00e9 \u00e0 mort.<\/p>\n<p>Marcel pensait qu\u2019il cachait l\u2019homme qu\u2019il avait tu\u00e9 accidentellement.<\/p>\n<p>Henri pensait seulement que ce mur marquait le lieu o\u00f9 sa famille avait commenc\u00e9 \u00e0 se briser.<\/p>\n<p>Paul, lui, savait que chaque interpr\u00e9tation \u00e9tait fausse en partie et utile enti\u00e8rement.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait ainsi qu\u2019il avait r\u00e9ussi \u00e0 pr\u00e9server son secret.<\/p>\n<p>Non en imposant un mensonge unique.<\/p>\n<p>En donnant \u00e0 chacun une raison diff\u00e9rente de se taire.<\/p>\n<p>Marcel avait fait une d\u00e9position compl\u00e8te.<\/p>\n<p>Lorsque Claire lui rendit visite quelques jours apr\u00e8s sa sortie de l\u2019h\u00f4pital, elle le trouva assis devant sa ferme noircie, regardant les ouvriers retirer les restes de la grange incendi\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00ab Je pensais que tu ne voudrais plus jamais me voir \u00bb, dit-il.<\/p>\n<p>Claire s\u2019assit sur un vieux banc pr\u00e8s de lui.<\/p>\n<p>\u00ab Je n\u2019ai pas encore d\u00e9cid\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Marcel eut un l\u00e9ger sourire.<\/p>\n<p>\u00ab C\u2019est d\u00e9j\u00e0 mieux que ce que je m\u00e9rite. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ne recommence pas avec \u00e7a. \u00bb<\/p>\n<p>Il baissa les yeux vers ses mains.<\/p>\n<p>\u00ab J\u2019ai enterr\u00e9 un homme, Claire. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<p>La r\u00e9ponse directe le fit tressaillir.<\/p>\n<p>\u00ab Et tu as menti pendant trente-huit ans. Tu as laiss\u00e9 mon p\u00e8re, ma m\u00e8re, \u00c9lise et tout le monde vivre avec des versions incompl\u00e8tes. Je ne vais pas pr\u00e9tendre que ce n\u2019est rien. \u00bb<\/p>\n<p>Marcel acquies\u00e7a.<\/p>\n<p>\u00ab Mais tu n\u2019as pas assassin\u00e9 Antoine. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab J\u2019avais ma main sur l\u2019arme. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Paul aussi. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Si j\u2019\u00e9tais rest\u00e9 chez moi\u2014 \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Si maman n\u2019\u00e9tait pas all\u00e9e \u00e0 la carri\u00e8re. Si Henri n\u2019avait pas d\u00e9plac\u00e9 la voiture. Si Antoine n\u2019avait pas confront\u00e9 Paul. Si Paul n\u2019avait pas fraud\u00e9. On peut refaire la vall\u00e9e enti\u00e8re avec des \u201csi\u201d. \u00bb<\/p>\n<p>Marcel tourna la t\u00eate vers elle.<\/p>\n<p>\u00ab Tu lui ressembles parfois. \u00bb<\/p>\n<p>Claire sentit imm\u00e9diatement de qui il parlait.<\/p>\n<p>\u00ab Antoine ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Quand tu refuses qu\u2019on termine une phrase \u00e0 ta place. \u00bb<\/p>\n<p>Elle ne r\u00e9pondit pas.<\/p>\n<p>Le r\u00e9sultat du v\u00e9ritable test de filiation n\u2019\u00e9tait pas encore arriv\u00e9.<\/p>\n<p>\u00c9lise avait accept\u00e9 de fournir son ADN pour compl\u00e9ter l\u2019analyse familiale, mais les experts avaient surtout pu travailler directement \u00e0 partir d\u2019un pr\u00e9l\u00e8vement obtenu sur les restes d\u2019Antoine.<\/p>\n<p>Claire avait sign\u00e9 les formulaires sans h\u00e9siter.<\/p>\n<p>Puis l\u2019attente avait commenc\u00e9.<\/p>\n<p>Ce matin-l\u00e0, exactement quarante-quatre jours apr\u00e8s la d\u00e9couverte du corps, elle re\u00e7ut un appel du laboratoire.<\/p>\n<p>Le rapport s\u00e9curis\u00e9 \u00e9tait disponible.<\/p>\n<p>Elle ne l\u2019ouvrit pas imm\u00e9diatement.<\/p>\n<p>Elle resta dans sa voiture devant la maison de son p\u00e8re pendant presque dix minutes, le t\u00e9l\u00e9phone pos\u00e9 sur ses genoux.<\/p>\n<p>Pendant des semaines, elle avait cru que cette r\u00e9ponse transformerait tout.<\/p>\n<p>Maintenant qu\u2019elle existait r\u00e9ellement, elle d\u00e9couvrait qu\u2019elle avait peur de lui donner trop d\u2019importance.<\/p>\n<p>Henri travaillait dans le verger.<\/p>\n<p>Il avait d\u00e9mont\u00e9 presque tout le mur. Seule une section de quatre m\u00e8tres demeurait encore debout pr\u00e8s du vieux noyer.<\/p>\n<p>Claire descendit de voiture.<\/p>\n<p>Henri remarqua son visage.<\/p>\n<p>\u00ab C\u2019est arriv\u00e9 ? \u00bb<\/p>\n<p>Elle acquies\u00e7a.<\/p>\n<p>Il posa sa pelle.<\/p>\n<p>\u00ab Tu veux \u00eatre seule ? \u00bb<\/p>\n<p>Claire regarda l\u2019\u00e9cran de son t\u00e9l\u00e9phone.<\/p>\n<p>\u00ab Non. \u00bb<\/p>\n<p>Ils s\u2019assirent sur le banc devant la maison.<\/p>\n<p>Elle ouvrit le rapport.<\/p>\n<p>Les premi\u00e8res pages contenaient des termes techniques, des tableaux et des r\u00e9f\u00e9rences qu\u2019elle parcourut sans r\u00e9ellement les comprendre.<\/p>\n<p>Puis elle trouva la conclusion.<\/p>\n<p>Elle lut une fois.<\/p>\n<p>Puis une deuxi\u00e8me.<\/p>\n<p>Henri ne demanda rien.<\/p>\n<p>Il attendit.<\/p>\n<p>Claire inspira.<\/p>\n<p>\u00ab Antoine n\u2019\u00e9tait pas mon p\u00e8re biologique. \u00bb<\/p>\n<p>Henri resta absolument immobile.<\/p>\n<p>Elle poursuivit :<\/p>\n<p>\u00ab Le laboratoire l\u2019exclut comme p\u00e8re avec une certitude pratiquement totale. \u00bb<\/p>\n<p>Le regard d\u2019Henri se baissa vers ses mains.<\/p>\n<p>Claire ne savait pas quelle r\u00e9action elle avait imagin\u00e9e.<\/p>\n<p>Du soulagement.<\/p>\n<p>Des larmes.<\/p>\n<p>Un sourire.<\/p>\n<p>Il n\u2019y eut rien de spectaculaire.<\/p>\n<p>Seulement un long souffle qu\u2019il semblait avoir retenu depuis presque quarante ans.<\/p>\n<p>\u00ab Et moi ? \u00bb demanda-t-il doucement.<\/p>\n<p>Claire tourna une autre page.<\/p>\n<p>Le laboratoire avait \u00e9galement compar\u00e9 son ADN \u00e0 celui d\u2019Henri, sur demande de Claire.<\/p>\n<p>Elle sentit sa gorge se serrer.<\/p>\n<p>\u00ab Tu es mon p\u00e8re biologique. \u00bb<\/p>\n<p>Henri ferma les yeux.<\/p>\n<p>Un instant passa.<\/p>\n<p>Puis il se mit \u00e0 rire.<\/p>\n<p>Pas fort.<\/p>\n<p>Un rire court, tremblant, qui se transforma presque imm\u00e9diatement en larmes.<\/p>\n<p>Claire n\u2019avait vu son p\u00e8re pleurer que deux fois dans sa vie : \u00e0 l\u2019enterrement de sa m\u00e8re et lorsque Lucas \u00e9tait n\u00e9.<\/p>\n<p>Elle posa le t\u00e9l\u00e9phone.<\/p>\n<p>Henri essuya maladroitement son visage.<\/p>\n<p>\u00ab Ta m\u00e8re aurait d\u00fb savoir. \u00bb<\/p>\n<p>Claire regarda le mur inachev\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<p>Cette pens\u00e9e lui fit plus mal que le reste.<\/p>\n<p>Anne avait port\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 sa mort la peur d\u2019avoir tu\u00e9 Antoine et l\u2019incertitude sur la naissance de sa fille.<\/p>\n<p>Deux certitudes terribles.<\/p>\n<p>Toutes deux fausses.<\/p>\n<p>\u00ab Paul savait-il que tu \u00e9tais mon p\u00e8re ? \u00bb demanda Claire.<\/p>\n<p>Henri secoua la t\u00eate.<\/p>\n<p>\u00ab Personne ne pouvait savoir. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il a utilis\u00e9 le doute parce que le doute \u00e9tait plus utile que la v\u00e9rit\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<p>Claire regarda le rapport.<\/p>\n<p>\u00ab J\u2019ai pass\u00e9 ces derni\u00e8res semaines \u00e0 croire que conna\u00eetre le r\u00e9sultat allait d\u00e9cider quelque chose. \u00bb<\/p>\n<p>Henri ne dit rien.<\/p>\n<p>\u00ab Mais si le r\u00e9sultat avait \u00e9t\u00e9 diff\u00e9rent, tu serais toujours mon p\u00e8re. \u00bb<\/p>\n<p>Il tourna la t\u00eate vers elle.<\/p>\n<p>\u00ab Je sais. \u00bb<\/p>\n<p>Claire sourit faiblement.<\/p>\n<p>\u00ab Tu pouvais me laisser le dire. \u00bb<\/p>\n<p>Cette fois, Henri sourit aussi.<\/p>\n<p>Quelques jours plus tard, Antoine fut enterr\u00e9 dans le petit cimeti\u00e8re communal.<\/p>\n<p>\u00c9lise avait choisi une c\u00e9r\u00e9monie simple.<\/p>\n<p>Il n\u2019y eut pas de discours h\u00e9ro\u00efque. Personne n\u2019essaya de transformer Antoine en homme parfait parce qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 victime d\u2019une injustice.<\/p>\n<p>Claire appr\u00e9cia cela.<\/p>\n<p>Elle savait d\u00e9sormais qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 impulsif, parfois violent lorsqu\u2019il buvait, capable d\u2019effrayer les gens qu\u2019il aimait. Il avait aussi essay\u00e9 de d\u00e9noncer les fraudes de son oncle. Il avait voulu remettre des preuves \u00e0 un avocat. Et, dans sa lettre \u00e0 Anne, il avait accept\u00e9 l\u2019id\u00e9e de ne pas bouleverser la vie d\u2019un enfant dont il ne saurait peut-\u00eatre jamais s\u2019il \u00e9tait le p\u00e8re.<\/p>\n<p>Un \u00eatre humain entier.<\/p>\n<p>Pas un secret.<\/p>\n<p>Pas un squelette.<\/p>\n<p>Pas une menace.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la c\u00e9r\u00e9monie, \u00c9lise rejoignit Claire pr\u00e8s de la grille.<\/p>\n<p>\u00ab Il aurait \u00e9t\u00e9 content de savoir que tu vas bien \u00bb, dit-elle.<\/p>\n<p>Claire regarda la pierre tombale.<\/p>\n<p>\u00ab M\u00eame si je n\u2019\u00e9tais pas sa fille ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00c9lise eut un sourire triste.<\/p>\n<p>\u00ab Antoine s\u2019attachait facilement. C\u2019\u00e9tait parfois son probl\u00e8me. \u00bb<\/p>\n<p>Elle sortit quelque chose de son sac.<\/p>\n<p>La photographie d\u2019Anne retrouv\u00e9e avec le corps.<\/p>\n<p>Les enqu\u00eateurs l\u2019avaient finalement restitu\u00e9e \u00e0 la famille Valette.<\/p>\n<p>\u00ab Je pense qu\u2019elle devrait \u00eatre \u00e0 toi. \u00bb<\/p>\n<p>Claire h\u00e9sita.<\/p>\n<p>\u00ab C\u2019\u00e9tait \u00e0 Antoine. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et c\u2019est ta m\u00e8re. \u00bb<\/p>\n<p>Claire prit la photographie.<\/p>\n<p>Elle ne la rangea pas.<\/p>\n<p>Elle resta un moment \u00e0 observer cette jeune femme souriante qu\u2019elle connaissait et ne connaissait plus tout \u00e0 fait.<\/p>\n<p>\u00ab J\u2019ai \u00e9t\u00e9 en col\u00e8re contre elle \u00bb, dit-elle.<\/p>\n<p>\u00ab C\u2019est permis. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Puis j\u2019ai eu piti\u00e9 d\u2019elle. Je n\u2019aimais pas \u00e7a non plus. \u00bb<\/p>\n<p>\u00c9lise acquies\u00e7a.<\/p>\n<p>\u00ab Alors ne choisis pas. Les morts n\u2019ont pas besoin qu\u2019on simplifie leur vie pour les aimer. \u00bb<\/p>\n<p>Claire conserva cette phrase.<\/p>\n<p>L\u2019enqu\u00eate sur les anciennes fraudes fonci\u00e8res continua plusieurs mois. Certains faits \u00e9taient trop anciens pour conduire aux cons\u00e9quences que Laurent avait imagin\u00e9es. D\u2019autres avaient laiss\u00e9 des traces dans des transactions plus r\u00e9centes.<\/p>\n<p>Laurent remit volontairement les archives familiales aux enqu\u00eateurs.<\/p>\n<p>Il revint un matin chez Henri.<\/p>\n<p>Claire \u00e9tait pr\u00e9sente.<\/p>\n<p>Les deux hommes rest\u00e8rent d\u2019abord face \u00e0 face sans savoir comment commencer.<\/p>\n<p>Laurent finit par dire :<\/p>\n<p>\u00ab Je suis d\u00e9sol\u00e9 d\u2019\u00eatre venu ici avec une arme. \u00bb<\/p>\n<p>Henri r\u00e9pondit :<\/p>\n<p>\u00ab Je suis d\u00e9sol\u00e9 d\u2019avoir aid\u00e9 ton p\u00e8re \u00e0 faire croire qu\u2019Antoine avait fui. \u00bb<\/p>\n<p>Aucun des deux n\u2019ajouta qu\u2019ils se pardonnaient.<\/p>\n<p>Ce n\u2019\u00e9tait pas encore vrai.<\/p>\n<p>Mais ils se serr\u00e8rent la main.<\/p>\n<p>Parfois, pensa Claire, le premier geste honn\u00eate \u00e9tait simplement celui qui ne pr\u00e9tendait pas effacer les pr\u00e9c\u00e9dents.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but de l\u2019hiver, Henri retira la derni\u00e8re pierre de son nouveau mur.<\/p>\n<p>Il la posa dans la brouette.<\/p>\n<p>Claire observait depuis la terrasse.<\/p>\n<p>\u00ab Tu pourrais garder un morceau \u00bb, dit-elle.<\/p>\n<p>Henri la regarda comme si elle venait de sugg\u00e9rer de conserver une dent arrach\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00ab Pourquoi ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pour te rappeler ce qu\u2019il ne faut plus construire. \u00bb<\/p>\n<p>Il r\u00e9fl\u00e9chit.<\/p>\n<p>Puis il choisit une petite pierre plate parmi les gravats.<\/p>\n<p>Au lieu de la rentrer dans la maison, il la pla\u00e7a au pied du vieux noyer.<\/p>\n<p>\u00ab L\u00e0, \u00e7a suffit. \u00bb<\/p>\n<p>Le terrain \u00e9tait d\u00e9sormais ouvert jusqu\u2019au chemin.<\/p>\n<p>Pour la premi\u00e8re fois depuis l\u2019arriv\u00e9e de Claire, on voyait la vall\u00e9e sans obstacle depuis la cuisine.<\/p>\n<p>Le vieux ch\u00eane portait encore les marques de la fouille autour de ses racines. L\u2019herbe repousserait. La terre finirait par se tasser. Mais personne ne tenta de faire dispara\u00eetre compl\u00e8tement l\u2019endroit o\u00f9 Antoine avait \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9.<\/p>\n<p>Henri y planta simplement un jeune pommier.<\/p>\n<p>Pas de plaque.<\/p>\n<p>Pas de monument.<\/p>\n<p>\u00c9lise approuva.<\/p>\n<p>Marcel vint aider.<\/p>\n<p>Pendant quelques secondes, les trois vieillards rest\u00e8rent autour de l\u2019arbre sans parler.<\/p>\n<p>Claire les regardait depuis quelques m\u00e8tres.<\/p>\n<p>Elle comprit alors quelque chose qu\u2019aucun dossier, aucune cassette et aucun test g\u00e9n\u00e9tique n\u2019aurait pu formuler correctement.<\/p>\n<p>Tous avaient pass\u00e9 leur vie \u00e0 croire qu\u2019une v\u00e9rit\u00e9 pouvait \u00eatre enterr\u00e9e \u00e0 condition de mettre suffisamment de terre dessus.<\/p>\n<p>Paul avait compris l\u2019inverse.<\/p>\n<p>Il savait que les secrets continuaient de vivre.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait pr\u00e9cis\u00e9ment pour cette raison qu\u2019il avait r\u00e9parti le sien entre plusieurs personnes, donnant \u00e0 chacune une version diff\u00e9rente, une faute diff\u00e9rente et une peur diff\u00e9rente.<\/p>\n<p>Le mur n\u2019avait jamais seulement cach\u00e9 un corps.<\/p>\n<p>Il avait s\u00e9par\u00e9 les responsabilit\u00e9s.<\/p>\n<p>Anne d\u2019Henri.<\/p>\n<p>Henri de Marcel.<\/p>\n<p>Marcel d\u2019\u00c9lise.<\/p>\n<p>Claire de toute son histoire.<\/p>\n<p>Lorsque les morceaux avaient enfin \u00e9t\u00e9 r\u00e9unis, aucun personnage n\u2019\u00e9tait devenu compl\u00e8tement innocent.<\/p>\n<p>Anne avait frapp\u00e9 Antoine.<\/p>\n<p>Henri avait d\u00e9plac\u00e9 sa voiture.<\/p>\n<p>Marcel avait aid\u00e9 \u00e0 dissimuler son corps.<\/p>\n<p>\u00c9lise s\u2019\u00e9tait tue sur ce qu\u2019elle savait.<\/p>\n<p>Et Antoine lui-m\u00eame avait pris des d\u00e9cisions dangereuses.<\/p>\n<p>Mais une diff\u00e9rence essentielle demeurait.<\/p>\n<p>Paul avait transform\u00e9 leurs erreurs en prison.<\/p>\n<p>Il avait utilis\u00e9 leur honte pour prot\u00e9ger ses propres crimes.<\/p>\n<p>Un soir, Claire retrouva Henri assis sous l\u2019auvent.<\/p>\n<p>Lucas \u00e9tait venu passer le week-end et r\u00e9parait un vieux v\u00e9lo dans la grange.<\/p>\n<p>Henri regardait son petit-fils travailler.<\/p>\n<p>\u00ab Tu vas lui raconter ? \u00bb demanda-t-il.<\/p>\n<p>Claire comprit imm\u00e9diatement.<\/p>\n<p>\u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n<p>Henri se tourna vers elle.<\/p>\n<p>\u00ab Tout ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ce qui peut \u00eatre racont\u00e9 \u00e0 quinze ans. Le reste plus tard. Mais je ne vais pas lui donner une belle version fausse parce qu\u2019elle serait plus facile. \u00bb<\/p>\n<p>Henri acquies\u00e7a.<\/p>\n<p>\u00ab Bonne id\u00e9e. \u00bb<\/p>\n<p>Claire s\u2019assit \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui.<\/p>\n<p>\u00ab C\u2019est quelque chose que notre famille devrait essayer pour changer. \u00bb<\/p>\n<p>Il eut un petit sourire.<\/p>\n<p>\u00ab Tu vas me le reprocher encore longtemps ? \u00bb<\/p>\n<p>Elle r\u00e9fl\u00e9chit r\u00e9ellement avant de r\u00e9pondre.<\/p>\n<p>\u00ab Probablement. \u00bb<\/p>\n<p>Henri hocha gravement la t\u00eate.<\/p>\n<p>\u00ab \u00c7a me para\u00eet raisonnable. \u00bb<\/p>\n<p>Ils rest\u00e8rent silencieux.<\/p>\n<p>Au loin, Lucas \u00e9clata de rire apr\u00e8s avoir fait tomber une cl\u00e9 dans un seau.<\/p>\n<p>Henri se leva pour aller l\u2019aider.<\/p>\n<p>Claire sortit de sa poche la photographie d\u2019Anne.<\/p>\n<p>Elle la regarda une derni\u00e8re fois avant de la replacer dans son portefeuille.<\/p>\n<p>Elle ne pardonnait pas tout.<\/p>\n<p>Elle ne condamnait pas tout non plus.<\/p>\n<p>Pour la premi\u00e8re fois, elle n\u2019avait pas besoin de choisir entre ces deux extr\u00eames.<\/p>\n<p>Le lendemain matin, elle repartit vers la ville.<\/p>\n<p>Lorsqu\u2019elle atteignit l\u2019endroit o\u00f9 le mur avait barr\u00e9 le chemin quelques semaines auparavant, elle ralentit.<\/p>\n<p>Rien ne l\u2019obligeait plus \u00e0 s\u2019arr\u00eater.<\/p>\n<p>La route traversait librement le verger.<\/p>\n<p>Dans son r\u00e9troviseur, Henri leva la main.<\/p>\n<p>Claire r\u00e9pondit du m\u00eame geste.<\/p>\n<p>Puis elle poursuivit sa route, laissant derri\u00e8re elle une propri\u00e9t\u00e9 qui n\u2019\u00e9tait plus prot\u00e9g\u00e9e par le silence et une histoire qui, enfin, n\u2019avait plus besoin d\u2019\u00eatre enterr\u00e9e.<\/p>\n<p>END PART 10<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>PART 1 TITLE: Le mur qui n\u2019existait pas hier cachait quelque chose que personne au village n\u2019osait nommer Quand Claire aper\u00e7ut le mur, elle freina si brutalement que les sacs &hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-21","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-drama-sory"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lasteststory.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/21","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lasteststory.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lasteststory.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lasteststory.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lasteststory.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=21"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/lasteststory.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/21\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":23,"href":"https:\/\/lasteststory.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/21\/revisions\/23"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lasteststory.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=21"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lasteststory.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=21"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lasteststory.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=21"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}